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Les défis de la langue française à Montréal et au Québec au XXIsiècle : constats et enjeux
Conclusion

La Charte de la langue française aura été une étape nécessaire, mais non suffisante pour assurer une reconquête linguistique réelle de Montréal, dans laquelle le français se pose comme la véritable langue commune de la métropole. La sécurité linguistique des francophones continuera d'exiger une politique linguistique efficace et souple; bien que les « tendances du marché » soient beaucoup plus favorables au français qu'il y a vingt ans, la difficile tâche de préserver le caractère français du Québec sur un continent nord-américain anglophone appelle une intervention sans équivoque de l'État. Mais les nouvelles forces qui agissent sur Montréal telles que la mondialisation de l'économie, l'immigration massive et l'étalement urbain, font surgir des enjeux qui débordent le cadre d'application d'instruments traditionnels de la planification linguistique. Plus que les lois linguistiques, ce seront des politiques concernant, entre autres, l'immigration et le développement urbain qui influeront sur le caractère linguistique et culturel futur de Montréal.

- Marc V. Levine, La reconquête de Montréal

Une situation fragile

On l'a vu au cours des pages précédentes, les facteurs, qui expliquent pourquoi les groupes linguistiques connaissent une évolution démographique différente, agissent à des degrés divers. En regardant vers l’avenir, on peut montrer, de manière très simple, comment le pouvoir d’attraction du français, même amplifié par l’application de lois linguistiques, est tributaire des effets combinés de l’accroissement naturel et des mouvements migratoires sur le nombre et sur la proportion de francophones, de même que des grandes tendances internationales telles que la mondialisation des marchés et l'introduction des nouvelles technologies.

En résumé, la fragilité de la situation linguistique est liée à des phénomènes concurrents qui évoluent à des vitesses différentes :

  • la francisation des immigrants est un processus lent qui s’étend sur des générations;
  • la baisse de la fécondité et la croissance de l'immigration provoquent une transformation rapide de notre société;
  • l'étalement urbain entraîne les francophones en périphérie de l'île de Montréal;
  • la mondialisation et l'intégration des nouvelles technologies sont des réalités incontournables qui remettent en cause l'usage du français au travail.

On peut se demander si la force d’attraction d’une langue peut augmenter lorsque le nombre et le pourcentage de locuteurs de cette langue baissent, comme cela est particulièrement le cas dans l’île de Montréal. Comment, en effet, peut-on soutenir que l’attrait des allophones pour le français comme langue de la vie familiale, ou même comme langue d'usage public, puisse augmenter dans un milieu où les francophones eux-mêmes, ce noyau formant une masse critique de base, sont en régression?

En conséquence, le cœur de la principale agglomération québécoise est menacé de connaître non seulement un déclin démographique en termes relatifs mais aussi un déclin de sa majorité francophone. D'ici vingt à quarante ans, prédisent des démographes, les francophones seront minoritaires dans l'île de Montréal si rien n'est fait pour modifier les tendances présentement observables.

Ce déclin ne pourrait avoir que des conséquences néfastes sur la situation linguistique de l'ensemble du Québec quand on sait l'impact et l'influence de Montréal et de sa région sur le reste du Québec.

Une responsabilité collective

Les Québécois sont conscients à la fois des progrès accomplis par le français au Québec depuis vingt-cinq ans et de la menace qui pèse toujours sur la langue française en Amérique du Nord. Se sentant rassurés par l'encadrement fourni par la Charte de la langue française et les organismes veillant à son application, ils s'en remettent peut-être trop volontiers à ceux-ci pour assurer le maintien et la promotion de la langue française au Québec. Or, nombre de jeunes, en particulier, ignorent même le pourquoi de la Charte de la langue française. Quant à son contenu, bien peu de citoyens en connaissent les grandes lignes. Cette méconnaissance ne pourra, à la longue, qu'avoir des effets négatifs sur la force d'attraction du français.

Les Québécoises et les Québécois doivent exprimer leur volonté collective de vivre en français sur ce territoire. Le peuple québécois doit donc s'interroger sur les façons d'atténuer les conséquences prévisibles de l'évolution démographique et de la mondialisation, tendances lourdes qui menacent, à terme, l'usage du français au Québec. Il s'agit là d'une responsabilité de toute la société.

Ces éléments déteignent sur la toile de fond qu’on voudrait dresser pour favoriser l’intégration des nouveaux arrivants, ceux-ci ayant la nécessité de gagner leur vie et de parler la langue que le dirigeant d’entreprise leur impose ou qu’ils perçoivent comme la plus rentable.

D'ailleurs, l'ensemble des facteurs énumérés dans les pages précédentes viennent plaider en faveur d'une meilleure intégration des allophones à la communauté linguistique de langue française. Il s'agit là d'un véritable enjeu pour la société québécoise, car il est clair que le sort de la francophonie québécoise se joue d'abord à Montréal et que l'avenir de la francophonie montréalaise repose en bonne partie sur l'intégration des immigrants.

Pour réussir cela, il faut s'assurer de maintenir une masse critique de francophones sur le territoire de l'île de Montréal, car les interactions entre les groupes ethniques et le groupe majoritaire sont le meilleur gage d'une intégration réussie.

Il faut aussi s'assurer que les milieux de travail permettent l'épanouissement du fait français grâce à des mesures encadrant notamment les effets de la mondialisation et de l'introduction massive des nouvelles technologies.

Afin d'assurer le maintien et la promotion du caractère français de l'île de Montréal, de la région métropolitaine et de l'ensemble du Québec, la société québécoise doit donc relever un certain nombre de défis, dont notamment :

  • le maintien et la consolidation du rempart que constitue la Charte de la langue française comme contrepoids aux tendances lourdes que sont notamment la démographie, la mondialisation et l'intégration des nouvelles technologies;
  • l'application d'une politique d'immigration misant sur une meilleure intégration des allophones à la majorité de langue française;

  • l'établissement de mesures favorisant le maintien et l'augmentation de la population francophone dans l'île de Montréal en vue d'assurer la masse critique francophone nécessaire à l'intégration des immigrants.

Voilà de vastes enjeux qui nécessitent l'apport de l'ensemble de la population. Une mobilisation collective s'impose pour assurer l'avenir, la vitalité et le pouvoir d'attraction de la langue française à Montréal et dans sa région métropolitaine, en solidarité avec le reste du Québec.



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