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Allocution d’André Gaulin, professeur (2003)

[...] Je sais que rien n'est acquis solidement tant que le français n'aura pas comme point d'appui un territoire qui lui soit propre et unique. Cela s'appelle la souveraineté dont jouissent quelque deux cents pays, souvent plus petits et moins riches, de la planète terre. Il faut libérer la licorne toujours enchaînée dans les deux Salons de notre Assemblée nationale.

Si j'avais occupé le temps dépensé à la défense du français à apprendre d'autres langues, je serais aujourd'hui largement polyglotte. Il n'en fut pas ainsi, mais je ne regrette pas d'avoir refusé notre assimilation fortement encouragée dans un pays qui ne mérite pas qu'on le nomme. Nous nous sommes faits malgré lui. C'est là notre clause « Nonobstant ».

Avec d'autres collègues que je salue, j'ai aussi inscrit la littérature québécoise dans le champ universitaire y incluant la chanson, une littérature que j'ai contribué à faire connaître dans une quinzaine de pays et qui, les Québécois l'ignorent souvent, s'enseigne dans une soixantaine d'universités du monde.
C'est d'ailleurs le syndrome d'échec rencontré dans la littérature québécoise d'avant 1960 qui a fait de moi un militant voulant, comme Ferron ou Miron, mettre un cran d'arrêt à l'errance ainsi qu'à la « tristesse héréditaire ». J'ai passé pour un littéraire qui faisait de la politique et pour un député qui faisait de la littérature. Je suis ce soir un inclassable primé.

J'appartiens à une grande langue qui m'appartient. Je la chante depuis ma mère avec mes frères et sœurs que je salue. Et je sais que le Saint-Laurent monte toujours au bout de nos regards. Avis, Avis! La marée a d'ailleurs déjà fait reculer ce roi qui voulait l'arrêter de monter même s'il se disait, dit-on, martin-pêcheur! Madame la ministre, merci et bonne chance à la succession de celui qui donne son nom à ce prix qui me touche.

Et puisque nous parlions de Gaston Miron, je termine sur cet extrait des Outils du poète : « Les mots nous regardent, le mot liberté, le mot égalité, le mot fraternité, ils nous demandent de partir avec eux jusqu'à perte de vue, car  il n'est pas question de laisser tomber notre espérance! ». 

 
 

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