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Jacques Duval, chroniqueur

Comme on le fait souvent à la télévision, je tiens à vous prévenir que les propos qui vont suivre pourraient ne pas convenir à tous les auditoires.

 

Ma clutch est brûlée, mes brakes sont scrappés, mes valves claquent, mes flashers flasque pu et ma strap de fan a du lousse; voilà comment l'on décrivait une voiture en piteux état dans les ateliers de réparations automobiles du Québec au cours des années 60. Sauf que ce n’est pas le char qui était le plus mal en point dans cette énumération de barbarismes, mais bien notre estimée langue française.

 

Ce ne sont là d’ailleurs que quelques exemples du franglais qui m’écorchaient les oreilles à mes débuts comme chroniqueur automobile.

 

Cette dégradation de la langue était telle qu’un mécano français fraîchement débarqué au Québec et qui travaillait dans un atelier Renault m’avait un jour demandé si les Renault vendues ici étaient équipées d’une cloche au lieu d’un klaxon. Bref, les mécanos français et leurs vis-à-vis québécois ne parlaient pas tout à fait la même langue. Pour moi, la langue française a toujours été une passion et c’est avec le respect que l’on doit aux choses que l’on aime que je faisais l’impossible pour m’exprimer correctement à mes débuts à la radio de Québec. Je n’avais que 17 ans, mais déjà les mots me tenaient à cœur. Il suffisait que j’en découvre un nouveau pour que je plonge tout de suite dans le dictionnaire pour en trouver la signification.

 

D’annonceur à la radio, je me suis ensuite tourné vers diverses activités automobiles sans savoir si l’on allait me comprendre quand je traiterais de vilebrequin, de culbuteurs ou de direction à crémaillère. Voilà pourquoi mon tout premier livre contenait un petit lexique anglais/français des termes de l’automobile les plus usuels.

 

Étrangement, l’exercice a été bien reçu et peu de temps après mon incursion dans le monde de l’automobile, on pouvait se faire comprendre du garagiste quand on lui demandait de vérifier l’état des cardans ou l’usure des plaquettes de frein.

 

Tout au long de ma carrière, que ce soit à la radio, à la télévision, dans mes livres ou dans les journaux, je pense avoir aidé à décrasser la langue de garage qui se pratiquait à l’époque. Le combat n’est pas encore entièrement gagné, loin de là, mais je vais continuer à me battre pour vaincre cette facilité malsaine trop répandue sur nos ondes.

 

J'en profite pour remercier Jean-Guy Dubuc, ex-éditorialiste de La Presse et Alain Stanké, mon premier éditeur dont les conseils me furent très précieux. Un immense merci également à M. Louis-Marc Laliberté de Québec, qui a présenté ma candidature pour ce prix à deux reprises pour finalement obtenir l'unanimité chez les membres du jury, que je remercie également.

 

Cela dit, je m’en voudrais de terminer cette brève allocution sans mentionner jusqu’à quel point je suis honoré de me retrouver ici aujourd’hui, récipiendaire du prix Georges-Émile-Lapalme. Il m'a suffi de consulter la liste de ceux et celles qui m'ont précédé pour constater que je suis privilégié de me retrouver en si noble compagnie. Qui eût cru qu’un p’tit gars de Lévis sans baccalauréat ou quelconque diplôme puisse un jour être honoré de la sorte parce qu’il s’était fait un point d’honneur dans sa prime jeunesse de respecter ce qu’un peuple a de plus précieux, sa langue et, dans ce cas-ci, Sa Majesté la langue française si belle, si limpide, si juste. MERCI.

 
 

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