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Allocution de Jacques Languirand, communicateur (2004)

Je me souviens… Il y a plus de 60 ans de ça. C’était à l’occasion de la Saint-Jean-Baptiste : à l’époque, à la fois fête civique et religieuse. Le français était à l’honneur.

J’appartenais alors à la chorale de l’école. On me confiait parfois des solos. À cette occasion, je dus paraître en robe longue, blanche, avec une perruque blonde, un bandeau doré sur le front, surmonté d’une étoile. Et c’est fagoté de la sorte que je personnifiai Sa Majesté, la langue française.

En apprenant que j’allais être le récipiendaire du prestigieux prix Georges-Émile-Lapalme, je me suis trouvé, pour tout dire, sans mots : incapable pendant un moment d’ouvrir la bouche. Je n’étais plus certain ni des mots, ni des tournures de phrase. Bref, j’étais pris d’une forme de paralysie, d’un gel de la grammaire.

Personne n’est une île. En matière de langue, je ne suis pas un cas mais le maillon d’une chaîne. Ce que je suis devenu, je le dois à mes maîtres et à celles que je pouvais appeler sans équivoque lorsque j’étais en culottes courtes, mes maîtresses.

Je dois aussi beaucoup à mon père qui m’a communiqué, entre autres, le plaisir de consulter le dictionnaire. Dans son cas, je devrais dire : les dictionnaires, car toute sa vie, ce maître d’école n’a jamais cessé d’enrichir sa langue en consultant très souvent les dictionnaires pour le plaisir d’en confronter les définitions, ce qui lui a valu de découvrir qu’ils ne sont pas neutres. C’est ainsi qu’un jour, sentencieux, il m’a déclaré que Larousse était plus misogyne que Quillet…

Je conserve aussi le souvenir d’une autre époque : celle des interventions de la Société du bon parler français qui suggérait, entre autres, à ses membres d’apprendre et d’employer chaque jour un mot nouveau. C’est sans doute un des facteurs qui nous a permis de nous libérer de nombreux anglicismes.

Je dois aussi beaucoup à la rigueur de mes confrères et consœurs de la radio et de la télévision, que ce soit au Québec et en France.

L’être humain est un animal de communication. Au cours de l’évolution, le langage est apparu en même temps que se développait la main polyvalente de l’homme et qu’il perfectionnait ses outils. On peut dire de la langue qu’elle est outil de communication avec les autres, mais aussi outil de réflexion pour soi : les mots pour le dire sont aussi les mots pour le penser.

On a trop tendance à considérer le langage comme acquis. Alors que l’on doit toute sa vie explorer la langue pour qu’elle évolue en même temps que soi. La langue doit s’enrichir de l’expérience du vécu sans quoi la croissance est compromise. Quand on maîtrise mieux la langue, le monde devient plus compréhensible, de même que les états d’âme : les siens et ceux des autres. Telle pensée vous serait-elle venue si vous n’aviez pas eu les mots pour la penser? L’émotion se passe du langage, mais pas le sentiment ni la raison. Les concepts viennent avec les mots. La vie paraîtrait confuse si on n’avait pas les mots pour la décoder.

Comme j’étais à la recherche d’un mot de la fin pour la présente intervention, il m’est revenu celui du grammairien français Claude Favre de Vaugelas (1585-1650) qu’il a prononcé sur son lit de mort, énonçant du même coup une règle de grammaire : « Je m’en vais OU m’en va, l’un OU l’autre se dit OU se disent… ».

 
 

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