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Allocution de Jean-Claude Corbeil, linguiste (2002)

[...] Comme beaucoup d'autres Québécois, avant moi ou en même temps que moi, j'ai consacré l'essentiel de mon activité professionnelle à la promotion de la langue française, aussi bien dans son usage au Québec que comme langue de la francophonie et langue internationale, tout particulièrement son emploi réel dans les organismes internationaux, conformément à leurs statuts.

Au Québec, je puis témoigner des gains obtenus si je me souviens, par exemple, du centre-ville de Montréal à l'époque de mon enfance, alors que le français était dissimulé derrière l'omniprésence de l'anglais et que nous devions péniblement passer à l'anglais pour être servis dans les grands magasins. La situation était encore pire dans les entreprises œuvrant au Québec où la langue de travail et la langue de gestion était l'anglais, surtout au sommet de la hiérarchie. Les jeunes et les moins jeunes d'aujourd'hui n'ont pas vécu cette situation, dont ils n'ont aucune idée des frustrations qu'elle provoquait.

Cependant, la profonde et inconsciente anglicisation du français au Québec prend sa source dans cette domination, anglicisation devenue si naturelle que ses traces dans notre langue quotidienne nous semblent devenues des mots français.

Je sais également que ces progrès sont et seront fragiles tant et aussi longtemps que le français ne sera pas devenu la langue de travail indispensable au Québec, malgré, ou en harmonie, avec l'hégémonie mondiale de la langue anglaise, conséquence de la prééminence économique et scientifique des États-Unis. Cette hégémonie pèse d'autant plus lourdement sur le Québec qu'ils sont nos voisins immédiats et nos principaux partenaires économiques. Les progrès du français seront également fragiles si le français ne devient pas la langue commune du Québec, c'est-à-dire la langue de la participation à la vie collective québécoise, langue d'intégration des immigrants et langue d'une citoyenneté québécoise différente de celle du Canada, que nous avons encore beaucoup d'hésitation à concevoir et surtout à affirmer. Un récent débat nous l'a bien montré.

Puisse cet engagement envers la langue française, qui a été le mien et qui a été le nôtre, se maintenir chez le plus grand nombre de Québécois et de Québécoises, malgré aujourd'hui les tentations de l'individualisme, malgré le sentiment réconfortant, mais largement illusoire, que tout a été réglé, une fois pour toutes, par la Charte de la langue française et malgré la lassitude qui se dégage du sentiment, chez beaucoup, que tout est sans cesse à recommencer.

Le destin du français sera toujours précaire au Québec. Il reposera toujours sur la détermination personnelle et collective de ses locuteurs et sur l'appui constant du gouvernement. En démocratie, la relation est très étroite, déterminante même, entre l'opinion publique, dans laquelle se moulent les consensus des électeurs, et les engagements des gouvernements successifs. L'avenir du français au Québec se joue constamment dans cette relation.

Aux générations montantes de s'en occuper et de s'en préoccuper. J'ai fait, et nous avons fait, ce que nous pouvions pour conforter la situation et le statut de la langue française au Québec. Je leur passe le relais.

 
 

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