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Allocution de Marie-Éva de Villers, linguiste et terminologue

[...] Vous vous souvenez sans doute du slogan adopté par le premier ministre Robert Bourassa en 1970 : « faire du français la langue de travail ». À cette époque, la direction des entreprises était très majoritairement anglophone et les travailleurs québécois ne disposaient pas des termes nécessaires à l'exercice de leurs activités professionnelles en français. Pour remédier à cette situation, l'Office de la langue française a lancé un vaste chantier terminologique auquel j'ai eu le privilège de participer, sous la direction éclairée du linguiste Jean-Claude Corbeil [...]. À la jeune diplômée en lettres françaises de l'Université de Montréal que j'étais, on a confié la responsabilité de la terminologie française de la gestion.

Nous devions franciser les organigrammes des entreprises, leurs imprimés administratifs, les relations du travail, la comptabilité, la gestion financière, la gestion de la production, l'informatique, le marketing, etc. Avec la collaboration de spécialistes québécois et français de ces domaines, les terminologies françaises des diverses disciplines de la gestion ont été progressivement établies et mises à la disposition des entreprises, des organismes ainsi que des établissements d'enseignement. Pour paraphraser le poète Jean-Guy Pilon, il importait en effet de « nommer les êtres et les choses par leur nom, pour savoir qui nous étions ».

Aujourd'hui, le Québec possède une expertise réputée dans le domaine de la recherche terminologique. À titre d'exemple, le Grand dictionnaire terminologique de l'Office québécois de la langue française répertorie près de trois millions de termes français et anglais dans 200 domaines d'activité; diffusé gratuitement dans Internet, il constitue l'un des plus importants et des plus fréquentés dictionnaires spécialisés au monde.

La recherche terminologique constitue une excellente école de lexicographie. Constatant qu'aucun ouvrage n'intégrait dans un seul ordre alphabétique l'ensemble des renseignements relatifs à l'orthographe des mots, à leurs sens, mais également aux difficultés grammaticales, syntaxiques, typographiques, aux interférences entre le français et l'anglais, j'ai tenté de concevoir un dictionnaire destiné à un large public, un nouveau genre de dictionnaire « caractérisé par une approche globale de l'usage, plutôt que par la seule description du sens des mots », comme l'écrit Jean-Claude Corbeil dans la préface du Multidictionnaire. Ce qui est merveilleux, c'est que, plus de deux décennies après m'être lancée dans l'aventure insensée de rédiger un dictionnaire, la passion que j'éprouve pour le travail lexicographique demeure toujours aussi vive.

Depuis 1990 à l'École des HEC de Montréal, avec le concours de mon équipe, je mets en œuvre une politique linguistique innovatrice adoptée à l'unanimité du corps professoral et des associations étudiantes. Cette politique prévoit que la pleine maîtrise du français ainsi que la connaissance de l'anglais des affaires constituent une condition d'obtention des grades des 1er et 2cycles. Si la maîtrise de l'espagnol n'est pas encore obligatoire, un nombre croissant d'étudiants décident toutefois de devenir trilingues. HEC Montréal est d'ailleurs le seul établissement d'enseignement universitaire en Amérique à proposer un baccalauréat en administration des affaires trilingue, programme qui attire des étudiants de tous les coins du monde.

Sous la direction patiente et rigoureuse de Monique Cormier, professeure titulaire à l'Université de Montréal [...], j'ai entrepris en 1997 de rédiger une thèse de doctorat visant une description de l'usage réel du français au Québec. À l'aide d'une comparaison entre l'ensemble des articles publiés par le quotidien québécois Le Devoir et le journal français Le Monde au cours d'une année entière, j'ai procédé à une analyse in vivo, pour ainsi dire, dont les résultats participent à la définition de la norme du français québécois. La nette prédominance des néologismes relevés témoigne du dynamisme et de la vitalité du français au Québec : l'importance de l'innovation lexicale révèle la détermination des francophones du Québec à garder leur langue apte à dénommer les réalités nouvelles.

Par mes travaux, j'espère contribuer à recenser et à présenter objectivement des faits lexicaux qui attestent du bruissement de la langue française au Québec, d'une langue qui demeure très vivante, créative et actuelle.

 
 

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