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Allocution de Michel Bergeron, scientifique (2001)

Attribuer un prix culturel à un scientifique est inhabituel. Ce geste réjouira tous les artisans de Médecine/sciences, politiques, scientifiques, fonctionnaires, de France et du Québec, qui ont participé à cette belle aventure. Car, pour eux aussi, Médecine/sciences est une œuvre de culture, issue d'une volonté politique.

Ce témoignage des membres du jury issus de disciplines étrangères à la médecine m'a rappelé les réflexions de l'écrivain Italo Calvino qui proposait, dans ses Leçons américaines, cinq valeurs pour ce nouveau millénaire. Or, ces valeurs appartiennent tout autant à la démarche scientifique. Qu'il me soit permis de retenir l'exactitude qui, pour Calvino, désigne « la justesse des termes décrivant l'observation et la précision du langage qui doit pouvoir transmettre les idées ».

Lavoisier avait dit quelque chose de semblable, deux siècles auparavant. La science, comme la littérature ou la philosophie, a le même rapport avec la langue. En réalité, la langue est au cœur de toute activité humaine. Qu'on soit agriculteur, ingénieur ou étudiant, on ne saurait se satisfaire d'une langue approximative. De plus, tout individu peut difficilement organiser sa pensée puis l'exprimer avec finesse et subtilité, dans une langue étrangère. L'utilisation de sa langue maternelle reste, pour le chercheur, une nécessité vitale. La revue Médecine/sciences est née de cette évidence qui est, curieusement, la normalité pour toutes les sociétés. Bien des scientifiques de ce pays semblent l'avoir peut-être oublié.

Devant l'afflux de connaissances nouvelles qui assaillent le praticien, nous avons voulu créer une revue qui établirait un pont entre la recherche et la clinique. Et, de part et d'autre de l'Atlantique, nous nous sommes mis à l'œuvre. Nul ne conteste que le chercheur doive recourir à une langue commune pour soumettre ses travaux à la critique de ses pairs. Mais ce n'est qu'un début. Une autre mission existe, celle de la transmission des connaissances. Sous toutes les latitudes, la langue de la médecine sera toujours celle du patient et du praticien. En somme, la langue du peuple.

N'est-il pas logique pour le chercheur de diffuser auprès des contribuables, dans leur langue, les résultats de la recherche qu'ils ont eux-mêmes financée? N'est-il pas naturel pour l'enseignant d'utiliser l'outil cognitif le plus performant que possède l'étudiant, sa langue maternelle? Maintenant, nous avons les inforoutes. Quelle merveilleuse révolution, car elle offre une chance historique à toutes les langues nationales. C'est le discours que j'ai tenu en Amérique du Sud devant les lusophones et les hispanophones, à Guadalajara et à Caracas.

C'est justement en raison de cette normalité que nous avons voulu offrir une revue de formation, d'information et de réflexion éthique. Avec, en prime, le plaisir de dire la science et de lire la science en français! En somme, Médecine/sciences a voulu être le juste reflet de la qualité de la recherche et de la pratique des sciences du vivant, dans les pays de la francophonie. [...]

 
 

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