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Concours 2006 de la Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias

22 mars 2006

Texte gagnant dans la catégorie « MÉDIAS ÉCRITS »

IL Y A DE L'ESPOIR
par Isabelle Laporte

Bonne nouvelle! Le français dans les médias écrits s'est amélioré au fil des années. Voilà le constat de la plupart des études qui se sont penchées sur la question, selon le premier rapport de la Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias, rendu public en 2003.

Les médias écrits font nettement meilleure figure que les médias électroniques, contaminés par l'instantanéité, par la culture du vedettariat (on donne le micro à des gens connus, sans égard à la qualité de leur langue) et même par cette drôle d'idée que bien parler le français, ça fait snob!

Cela dit, les médias écrits font aussi face à des contraintes qui ne favorisent pas la correction de la langue. Manque de temps, manque de personnel, particulièrement dans les hebdomadaires régionaux. La formation et le perfectionnement linguistiques des futurs journalistes et des actuels représentants des médias sont devenus plus essentiels que jamais.

Le français dans les écoles de journalisme

Surprise! Les professeurs des écoles de journalisme s'entendent généralement pour dire que le français de leurs étudiants est très convenable. Selon Antoine Char, directeur du baccalauréat en journalisme à l'UQAM et professeur depuis 1985 : « Le français des étudiants s'améliore. Pas beaucoup, mais il s'améliore. Un peu comme le français au Québec ». Le département n'impose aucun test de français particulier, mais M. Char souligne qu'« on n'entre pas dans le programme comme dans une boulangerie ». Au pire, les étudiants suivent des cours de français de rattrapage pendant l'été.

À l'Université de Montréal, Marc Laurendeau, journaliste et chargé de cours au certificat en journalisme depuis 1995, confirme : « Il semble y avoir une amélioration au fil des années. En fait, la majorité de mes étudiants sont assez costauds en français ». Il faut dire que l'Université de Montréal impose un test particulier aux candidats des programmes de journalisme. « Un test éliminatoire », précise Louis Poirier, responsable du certificat.

À l'Université Laval depuis 1983, Isabelle Clerc, professeure au Département d'information et de communication, est elle aussi contente des étudiants :  « ils comprennent bien ce qu'est une plume journalistique et font moins de fautes [qu'avant] ».

Le français des professionnels des médias écrits

Fort bien! Les étudiants en journalisme savent écrire. Mais pour se perfectionner une fois sur le marché du travail, de quels outils disposent-ils? Le plus intéressant est peut-être le nouveau programme de courriels linguistiques, offert par la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ) et l'Ordre des traducteurs, terminologues et interprètes agréés du Québec (OTTIAQ).

Comment ça fonctionne? Le journaliste est jumelé avec un spécialiste de la langue qui suit ses reportages. Une fois par semaine, ce dernier envoie un courriel au journaliste pour lui signaler une de ses fautes de français avec les explications nécessaires. Selon Claude Robillard, secrétaire général de la FPJQ, il y aurait en ce moment une vingtaine de journalistes parrainés.

Geneviève Fortin, journaliste au Courrier Laval, un bihebdomadaire régional, s'est inscrite au programme dès son lancement en décembre dernier. « Dans mon journal, dit-elle, nous n'avons pas de correcteur. Seul le directeur de l'information nous relit rapidement avant qu'on soit publiés. C'est donc à nous de nous améliorer ». Ça se passe bien? « J'aime cette formule. J'imprime tous mes courriels. Je suis en train de devenir la personne-ressource de mes collègues ».

Une autre journaliste, Josiane Haspeck, est aussi très satisfaite du programme : « Comme pigiste, je manque souvent de feedback. Maintenant, je reçois au moins une fois par semaine un commentaire sur un de mes textes. Ça me permet donc d'améliorer mon français, du moins je l'espère ».

D'autres outils à portée de main

La plupart des journalistes connaissent le Grand Dictionnaire terminologique et la Banque de dépannage linguistique. Mais savent-ils que l'Office québécois de la langue française (OQLF) leur propose aussi un service exclusif, Immédi@t? Au bout du fil ou par courriel, des spécialistes de l'OQLF répondent aux questions des journalistes pressés qui n'ont pas trouvé réponse ailleurs. Étrangement, parmi les principaux sites destinés aux professionnels des médias québécois, seul celui de la FPJQ mentionne ce service.

Geneviève Fortin et Josiane Haspeck n'en avaient jamais entendu parler. Un secret bien gardé? Gérald Paquette, chef du Service des communications à l'OQLF, s'en défend : « Nous en faisons la promotion à l'occasion de congrès et de rencontres des gens des médias ».

Trop peu connu aussi est le didacticiel Des médias et des mots, conçu à l'intention des journalistes. Mentionné sur le site de l'Association des journalistes indépendants du Québec et sur le portail Journalisme québécois, ce didacticiel invite l'utilisateur à repérer l'erreur dans une phrase extraite d'un corpus de textes journalistiques, puis à proposer une amélioration. Apparaissent alors la ou les bonnes réponses, un commentaire linguistique et parfois des hyperliens complémentaires.

Dans les salles de rédaction

Les patrons des grands quotidiens du Québec sont prêts à appuyer leurs journalistes soucieux d'améliorer leur français. Guy Perras, directeur de l'information du Journal de Montréal, indique que « sans se limiter à la linguistique, tous nos journalistes peuvent participer à des cours de perfectionnement et obtenir, selon le cas, des congés avec ou sans solde ou encore un aménagement d'horaire propice à la réussite de leur formation ».

À La Presse, on emploie une méthode un peu plus coercitive. Éric Trottier, directeur de l'information, explique : « Nous avons dégagé notre meilleur linguiste, Paul Roux, afin qu'il donne des cours de perfectionnement à tous nos journalistes, à tour de rôle. Paul y travaille désormais à temps complet, et déjà nous constatons une différence dans la qualité des textes de ceux qui sont passés entre ses mains ».

Dans la préface de 1300 pièges du français parlé et écrit, Bernard Derome affirme, en parlant de la langue française, que « pour en utiliser toutes les ressources, il faut s'appliquer à bien la connaître. Il faut avoir l'humilité d'aller chercher l'aide là où elle se trouve ». Sage conseil, d'un vétéran du journalisme.

 
 
 

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