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Concours 2006 de la Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias

22 mars 2006

Texte gagnant dans la catégorie « MÉDIAS ÉLECTRONIQUES »

Le français, source d'inspiration ou d'expiration pour les jeunes journalistes?
Par Dominic Brassard

Emploi d'anglicismes, manque de vocabulaire, mauvaise utilisation des mots : les accusations fusent de toutes parts pour dénoncer la mauvaise qualité du français des jeunes journalistes au sein des médias électroniques. Mais qu'en est-il vraiment? Les nouvelles recrues de l'information font-elles vraiment preuve de relâchement dans la qualité de leur langue?

« Oui! », s'empresse de dire le journaliste retraité de la radio de Radio-Canada, Jocelyn Laberge. À son avis, plusieurs jeunes journalistes ne maîtrisent pas la base même de la langue française comme la grammaire et le vocabulaire, ce qui a pour conséquence de limiter leur capacité d'analyse des événements.

Également chargé de cours en journalisme radio à l'Université du Québec à Montréal, Jocelyn Laberge souligne que ces carences linguistiques des nouveaux journalistes peuvent entraîner de graves dérapages professionnels. Selon lui, « l'utilisation juste d'un mot permet d'exprimer une pensée ou une nuance. Le problème actuel, c'est que les journalistes commettent des erreurs parce qu'ils ne sont pas capables de nuancer ».

Le directeur de l'information à la radio de Lanaudière, Jacques Plante, partage ce point de vue. Selon lui, l'avènement de bulletins d'information « parlés » dans les grandes chaînes télévisées comme TQS et TVA a eu un impact certain sur la qualité de la langue. Au dire du journaliste, le fait de privilégier l'information spectacle se traduirait donc inévitablement par un plus grand nombre d'erreurs langagières en ondes.

Si plusieurs estiment que la qualité du français de la relève journalistique s'est détériorée depuis quelques années, d'autres ne sont pas de cet avis. C'est le cas du journaliste de TQS, Gary Arpin, qui n'hésite pas à qualifier de « mythe » l'idée voulant que les jeunes journalistes soient plus enclins à faire des fautes qu'auparavant.

Le reporter reconnaît que la qualité du français des nouvelles recrues de l'information n'est pas parfaite, mais il ajoute que « le nombre de médias a augmenté au cours des dernières années. Ainsi, de plus en plus de personnes ont accès aux ondes alors qu'avant, les médias étaient réservés à l'élite », de préciser Gary Arpin.

Par ailleurs, le journaliste « mouton noir » rappelle que le contexte de production s'est grandement modifié. Selon lui, « les journalistes d'aujourd'hui ont moins de temps : ils doivent parfois effectuer cinq interventions en direct et produire un reportage dans une même journée », ce qui ouvre inévitablement la porte à l'erreur.

Cette explication est toutefois rejetée du revers de la main par le directeur de l'information de la radio de Lanaudière. Selon Jacques Plante, les grands médias « disposent de ressources considérables comparativement aux médias régionaux » et pourtant, la qualité de la langue n'est pas toujours meilleure.

Si certains estiment que le niveau de langage dépend des moyens disponibles, d'autres croient plutôt que la formation des nouveaux journalistes est directement liée à la problématique.

L'étudiante en journalisme à l'Université du Québec à Montréal (UQÀM), Marie Lambert-Chan, constate avec regret qu'aucun cours de français n'est offert aux étudiants durant leurs trois années de baccalauréat. À son avis, « la qualité du français des étudiants en journalisme demeure très pauvre ». Erreurs de syntaxe, tics de langage ou mauvais usage des mots, Marie Lambert-Chan ne manque pas d'exemples pour appuyer ses dires.

Elle note aussi que les futurs journalistes « ne maîtrisent tout simplement pas l'écrit », sans compter le fait qu'ils utilisent de plus en plus de néologismes. « J'ai déjà entendu un étudiant en journalisme parler d'un peuple " indépendantisé " dans un oral! Et personne ne réagissait! », de s'exclamer Marie Lambert-Chan.

La journaliste à TQS, Marie-Claude Julien, partage aussi ce point de vue. Bachelière du programme de journalisme à l'UQÀM, elle précise que les étudiants ne sont pas les seuls responsables de cette situation. Selon elle, rares sont les professeurs en journalisme qui insistent pour que les étudiants améliorent leur français.

Pour Jocelyn Laberge, la mauvaise qualité de la langue est assurément liée à la formation scolaire des étudiants. À son avis, la quasi-disparition des cours de philosophie et de latin dans les écoles secondaires ne serait pas étrangère à cette dégradation du français. Au dire du journaliste retraité, « la langue, c'est avant tout l'expression de la pensée. Pour bien écrire et pour bien décrire, il n'y a pas que les mots! Il y a aussi la pensée, la réflexion et la livraison ».

Interrogé sur la question, le rédacteur en chef du Téléjournal midi et du Téléjournal 18 h à Radio-Canada, Michel Vincent, croit plutôt que « l'arrivée d'Internet est responsable » de la dégradation de la langue des jeunes journalistes. Il cite en exemple les sites de discussion qui sont de plus en plus populaires chez les adolescents. Selon Michel Vincent, les personnes qui fréquentent ces pages utilisent un langage abrégé propre à Internet, ce qui contribue à déformer les mots.

Les jeunes journalistes désirant améliorer la qualité de leur français peuvent néanmoins profiter de quelques outils lorsqu'ils accèdent au marché du travail.

À la Fédération professionnelle des journalistes du Québec (FPJQ), un système de « courriels linguistiques » a été mis sur pied en 2005 pour permettre aux membres d'améliorer leur français. Le fonctionnement est simple : le journaliste est jumelé à un spécialiste de la langue qui examine attentivement les reportages ou les textes produits par le reporter. Chaque semaine, ce dernier est alors informé d'une faute qu'il a commise et il reçoit du même coup les explications grammaticales.

Avec ce service d'assistance, « on vise surtout les petits médias qui n'ont pas nécessairement de services de correction » comme cela existe à Radio-Canada par exemple, de souligner le secrétaire général de la FPJQ, Claude Robillard.

Le réalisateur à l'émission Second Regard diffusée sur les ondes de Radio-Canada, Jean-Louis Boudou, considère que l'avenir du français de la relève journalistique est avant tout une affaire individuelle. Il affirme d'ailleurs que certains jeunes reporters parlent très bien, mais qu'on ne le remarque tout simplement pas.

Après tout, « parler juste, c'est comme chanter juste, c'est un don. Mais ça étonne moins! », disait l'acteur français Jean Piat.

 
 
 

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