Logo du Culture et Communications.
 

À l'occasion du 25e anniversaire de la Charte de la langue française

26 août 2002

À l'occasion du 25e anniversaire de la Charte de la langue française

Québec, le 26 août 2002

Le texte lu fait foi

Madame la Vice-première ministre,
Monsieur Marc-André Bédard,
Chers députés et distingués invités,
Chers membres de la famille de Camille Laurin,


Le 26 août 1977, l'Assemblée nationale adoptait la Charte de la langue française. Cela se passait voilà un siècle, nous semble-t-il; en fait, 25 ans à peine se sont écoulés.

Ce 26 août, messieurs René Lévesque, Camille Laurin, Bernard Landry, Marc-André Bédard, madame Lise Payette, tous les autres membres du premier gouvernement souverainiste, et nous tous du peuple du Québec avec eux, nous faisions un geste historique, la plus importante affirmation politique de l'histoire du Québec moderne.

Souvenons-nous : à la faveur de la Révolution tranquille, nous venions enfin de redresser à notre avantage la barre de l'histoire.

Souvenons-nous : le Québec vivait dans l'effervescence et apprenait à participer au monde moderne.

Le premier gouvernement du Parti québécois, élu depuis peu, s'était promis de faire du français la langue normale et habituelle de l'enseignement, du travail, du commerce, des communications et des affaires.

En ce 26 août 1977, il tenait parole et, ce faisant, nous redonnait notre parole.

Cette journée du 26 août mérite bien d'être marquée d'une pierre blanche, commémorée comme il se doit comme toute date où une nation a forcé le destin, car c'est bel et bien ce que nous avons accompli avec la Charte de la langue française.

Nous avons déjoué la fatalité qui semblait nous condamner à l'assimilation à plus ou moins long terme.

Aujourd'hui, le gouvernement du Québec se souvient et décrète que, dorénavant, le 26 août sera célébré comme le jour anniversaire de la Charte de la langue française.

Cette Charte a été avant tout l'œuvre d'un homme exceptionnel, monsieur Camille Laurin, à qui René Lévesque avait confié cette tâche à la fois titanesque et délicate.

Et comme il arrive parfois en des moments cruciaux, l'histoire paraît avoir choisi le meilleur homme possible pour cette mission.

Camille Laurin était un être déterminé qui affichait un aplomb qui est vite devenu légendaire face à ceux qui tentaient de s'opposer à toute législation destinée à assurer la pérennité de notre langue, monsieur Laurin était aussi un humaniste, un homme généreux et d'une grande tolérance.

Il excellait à cacher sa grande sensibilité et c'est à peine s'il perdait son calme dans les houleux débats précédant l'adoption de la Charte de la langue française. Le docteur Laurin était d'une intelligence et d'une rigueur intellectuelle remarquables. Il a expliqué, justifié, défendu chaque virgule du projet de loi 101.

Il voulait que les francophones partent à la « reconquête » de Montréal et que cesse cette absurdité qui faisait qu'un peuple majoritaire vivait en touriste dans sa propre métropole, comme si, écrivait l'historien américain Marc Levine, c'était une « ville britannique qui comptait par hasard plusieurs citoyens de langue française ».

Il a veillé à ce que le texte de la Charte soit rédigé dans un esprit de sagesse et de pondération. Il a même été plutôt surpris qu'on puisse sérieusement la décrire comme une tentative d'éradication de l'anglais – comme si une telle chose était seulement possible dans un territoire situé au cœur d'une population de 300 millions d'Anglo-américains.

Il considérait qu'un statut inaliénable accordé à la langue française au Québec était une question de justice sociale, exempte de tout esprit revanchard, qui n'écarte pas l'importance de l'apprentissage d'autres langues que le français.

Il a veillé à ce que la Charte reconnaisse le droit des Amérindiens et des Inuits, descendants des premiers habitants du pays, de maintenir et de développer leur langue et leur culture, indiquant du même souffle que l'application des dispositions de la Charte se ferait dans un esprit de justice et d'ouverture à l'égard des minorités ethniques dont elle reconnaît l'apport précieux.

Lorsque Camille Laurin disait : « La langue est le fondement d'un peuple, ce par quoi il se reconnaît et est reconnu, un fondement qui s'enracine dans son être et lui permet d'exprimer son identité », il savait de quoi il parlait et nous savions qu'il avait raison.

Lui rendre hommage aujourd'hui allait de soi.

J'ai eu l'honneur et le plaisir de côtoyer monsieur Laurin lorsqu'il m'a aidée de ses conseils et de ses encouragements en 1999, au moment où je suis venue le relayer dans le comté de Bourget.

Merci docteur Laurin, merci d'avoir défendu votre langue et votre peuple avec tant d'ardeur. Si, après 25 ans, l'esprit de la Charte de la langue française habite toujours les Québécoises et les Québécois, c'est grâce à vous.

Aujourd'hui, j'ai également l'agréable tâche de procéder au lancement des célébrations qui souligneront ce jour où, il y a 25 ans, nous nous donnions un futur, choisissant avec détermination de construire le Québec en français, langue de notre société depuis ses origines, langue de la majorité, langue officielle et langue commune des actes de la vie publique.

Tout d'abord, une campagne médiatique viendra nous rappeler que cette loi demeure, plus que jamais, garante de notre avenir.

Cette campagne aura sa chanson thème qui sera au cœur des célébrations du 25e anniversaire de notre Charte. Il s'agit de La langue de chez nous, d'Yves Duteil, qui s'est imposée d'elle-même pour rappeler aux Québécoises et aux Québécois le précieux héritage dont ils ont la garde.

Écrite en 1985, cette superbe chanson a été offerte à Félix Leclerc par son ami Duteil dont l'attachement à notre « langue belle avec des mots superbes » lui avait inspiré une poésie émouvante dans laquelle nous nous reconnaissons dès les premières strophes. Son succès a été immédiat. La chanson nous a conquis autant que la Francophonie internationale et toutes les chorales du Québec l'ont inscrite à leur répertoire.

Dans un ordre d'idée plus « studieux », l'anniversaire de la Charte sera souligné par la tenue du Séminaire interaméricain sur la gestion des langues.

Cette rencontre de prestige se déroulera sous l'égide du Conseil de la langue française, du 28 au 30 août prochains. Elle réunira une cinquantaine d'acteurs des deux Amériques issus des milieux politique, universitaire et social. Ils échangeront sur les enjeux linguistiques vitaux liés à la création d'une zone de libre-échange des Amériques en 2005.

De plus, la Revue Terminogramme, publiée par l'Office de la langue française, lancera, le 10 octobre, un numéro spécial intitulé « L'aménagement linguistique au Québec : 25 ans d'application », faisant le point sur l'application de la Charte depuis sa création.

L'exposition « Une grande langue, le français dans tous ses états » sera présentée au Salon du livre de Montréal, du 18 au 22 novembre, à place Bonaventure. Cette exposition a été présentée l'année dernière au Musée de la civilisation de Québec et a connu un grand succès auprès du public, grâce au regard neuf et original qu'elle pose sur la langue française telle qu'elle se vit dans notre bulle de France au nord du continent américain.

Les célébrations entourant le 25e anniversaire de la Charte de la langue française se prolongeront jusqu'en 2003. Du 7 au 24 mars prochain la Francofête soulignera cet anniversaire. Le programme d'activités sera dévoilé bientôt par l'Office de la langue française.

Finalement, un important colloque portant sur les pratiques linguistiques dans les entreprises à vocation internationale se déroulera à Québec, du 10 au 13 juin 2003. Il réunira des experts en provenance de la France, de la Catalogne et du Québec.

La Charte de la langue française a encore, 25 ans après son adoption, une valeur symbolique très importante au Québec.

Elle jouit de l'appui de la majorité des Québécois et des Québécoises, parce qu'ils ont conscience qu'elle a changé leur vie et celle de leurs enfants. Il nous faut encore parler, discuter, convaincre pour obtenir l'adhésion des Québécoises et des Québécois de toutes origines aux objectifs de la politique linguistique.

Il nous faut continuer de dire notre amour des mots.

Il nous faut affirmer chaque jour que cette langue est la nôtre, inextinguible et inaliénable.

Il nous faut toujours et encore parler de fierté, de dignité et de liberté.

Merci.

Je cède maintenant la parole à mon collègue le ministre de l’Éducation.

Je vous remercie.

 
 
 

Partager cette information

 
 
 

Aller au Portail du gouvernement du Québec
© Gouvernement du Québec, 2009