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Étude des crédits alloués au dossier linguistique pour l'année 2003-2004

9 juillet 2003

REMARQUES PRÉLIMINAIRES de la ministre de la Culture et des Communications, madame Line Beauchamp

Québec, Assemblée nationale, le 9 juillet 2003

Le texte lu fait foi.

Monsieur le Président,

Lors de mon assermentation comme ministre de la Culture et des Communications, le Premier ministre du Québec, monsieur Jean Charest, m'a aussi demandé de veiller à l'épanouissement de notre langue commune, le français. Monsieur Charest insistait alors pour souligner que la langue française est « l'instrument de notre liberté ». La force de cette expression en dit beaucoup sur l'intention du gouvernement de faire de l'affirmation et de la promotion de la langue et de la culture d'expression française, l'une de ses priorités.

Nous avons démontré, dans le passé, notre engagement en ce sens. D'abord en faisant, de la langue française, la langue officielle du Québec et en lui fournissant le premier cadre législatif conçu pour la protéger. Puis, en attachant une importance particulière à la qualité de l'apprentissage du français dans le système d'enseignement. Et surtout, en ne cessant jamais de favoriser l'essor du français dans tous les secteurs : ceux de la vie culturelle, bien sûr, mais aussi ceux de la vie économique, où des leaders francophones dynamiques et compétents s'imposent de plus en plus.

Aujourd'hui, plusieurs défis nous interpellent.

La qualité de la langue française

Nous savons, par exemple, que l'attachement profond des Québécois à leur langue s'accompagne, depuis plusieurs années, d'une préoccupation réelle concernant sa qualité. Le gouvernement a la responsabilité de contribuer à la promotion d'un français de qualité au Québec. Au premier chef, les ministères, les sociétés d'État et l'ensemble des structures publiques québécoises (tant celles des réseaux de l'éducation, de la santé et des services sociaux, que celles du monde municipal) partagent cette responsabilité. La langue de l'Administration québécoise doit être exemplaire.

Si l'Administration, et l'école bien sûr, ont un rôle à jouer pour promouvoir une langue de qualité, les médias aussi. Nous vivons dans un monde où l'information occupe une place prépondérante et où intervient un puissant phénomène d'identification entre les médias et leur public. De plus, au Québec, nous consacrons presque deux fois plus de temps à la télévision qu'à l'ensemble de nos autres activités de loisir. Si ce n'était que pour ces raisons, il est évident que les journaux, la radio et la télévision exercent une forte influence sur la langue de la population québécoise.

Lorsque je suis arrivée au ministère de la Culture et des Communications, j'ai été très heureuse d'apprendre que le milieu des médias québécois se souciait de cette question. Des représentants des médias francophones ont formé, avec l'aide du ministère de la Culture et des Communications et du Secrétariat à la politique linguistique, une Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias. Cette table regroupe des représentants des médias publics, des médias privés et des médias communautaires, qu'ils soient écrits ou électroniques. Elle est présidée par monsieur Michel Arpin, le président de l'Association canadienne de la télévision et de la radio de langue française, l'ACRTF.

Toutes ces personnes examinent présentement différentes avenues qui pourraient aider les journalistes, les animateurs et les personnes travaillant dans un journal, un magazine, une radio ou une télévision de langue française, à disposer des meilleurs outils linguistiques. L'Office québécois de la langue française est, bien sûr, associé à ces travaux.

Je m'intéresse de très près aux travaux de cette Table et je souhaite que la concertation qui s'y développe devienne un atout de plus, pour assurer la qualité du français parlé et écrit au Québec.

La diversité culturelle et linguistique

Un autre des défis actuels liés à la promotion de la langue française tient au fait que les grandes entreprises, dans un contexte de mondialisation du commerce, tendent à standardiser la langue de leurs communications. Le plus souvent elles privilégient l'anglais. Or, le combat du Québec pour la diversité culturelle est aussi un combat pour la protection de la diversité des langues à travers le monde.

Ce combat, nous le menons avec des partenaires comme la France, dans le but de protéger la langue française, de lui assurer une place forte. En mai dernier, lors de la visite du Premier ministre français, monsieur Jean-Pierre Raffarin, le Québec et la France ont réitéré leur attachement solidaire à un modèle social et culturel qui assure d'abord et avant tout la protection et la promotion de la diversité culturelle.

Dans cette foulée, le Québec et la France se sont engagés à travailler de concert à la promotion de la qualité du français dans l'administration publique, au sein des organisations internationales et dans Internet. Cet engagement portait également sur le maintien du français comme langue de travail dans une économie ouverte.

Les crédits alloués et leur répartition

Faire avancer la cause du français au Québec, en Amérique et dans le monde : c'est cette volonté, Monsieur le Président, qui guide le gouvernement en matière de politique linguistique.

Cette année encore, nos moyens d'action restent modestes en regard des défis à relever. Les crédits alloués, en 2003-2004, à la coordination de la politique linguistique (assumée par le Secrétariat à la politique linguistique) ainsi qu'aux trois organismes de la Charte de la langue française (l'Office québécois de la langue française, le Conseil supérieur de la langue française et la Commission de toponymie du Québec) totalisent 22,5 M$. Ce sont ces crédits que nous examinons aujourd'hui. L'Office québécois de la langue française dispose de 17,8 M$ pour ses activités en matière de terminologie, de francisation des entreprises et de l'Administration, de suivi de la situation linguistique du Québec et de traitement des plaintes que lui adressent les citoyens en rapport avec le respect de la Charte de la langue française.

La Commission de toponymie se trouve placée sous la responsabilité administrative de l'Office. De ce fait, les crédits alloués à l'Office englobent ceux qui sont attribués à la Commission pour la poursuite de ses travaux d'inventaire, de traitement et d'officialisation des noms géographiques du Québec.

Une somme de 1,6 M$ est attribuée au Conseil supérieur de la langue française dont le mandat est de me conseiller sur toute question relative à la langue française au Québec.

Enfin, le Secrétariat à la politique linguistique dispose de 1,5 M$ pour assurer la cohérence entre les actions des organismes de la Charte et les politiques et directives du gouvernement, ainsi que pour des activités de promotion de la langue française.

Le Secrétariat gère, par ailleurs, une provision de 1,6 M$ qui, par le passé, a été utilisée pour soutenir des mesures spéciales de francisation à l'intention des immigrants adultes, des actions de francisation en milieu de travail et des projets de recherche.

Le Secrétariat à la politique linguistique

Commençons par le Secrétariat à la politique linguistique qui continuera, cette année encore, à coordonner la politique linguistique et la mise en œuvre des mesures qui en découlent, et qui me soutiendra dans mon action.

Le Secrétariat apportera sa collaboration aux collèges et universités dans l'élaboration de leur politique linguistique. Il donnera suite à divers mandats découlant de la mise à jour de politiques gouvernementales qui ont des incidences linguistiques.

Le Secrétariat à la politique linguistique mettra aussi en œuvre des actions visant à promouvoir et mieux faire connaître la politique linguistique québécoise, tant au Québec qu'à l'extérieur de nos frontières. Dans ce but, le Secrétariat mettra à jour ses trois publications diffusées en plusieurs langues, pour tenir compte des dernières modifications apportées à la Charte. Il développera de nouveaux outils de promotion, notamment à l'intention des jeunes. Il poursuivra ses séances d'information auprès des visiteurs étrangers, du réseau de la Culture et des Communications ainsi que des délégations du Québec à l'étranger.

Le Secrétariat maintiendra également son aide à la diffusion et au développement de fonds québécois de données linguistiques et textuelles. Depuis sa mise sur pied, en 1997-1998, ce programme a permis de soutenir les travaux de développement et d'exploitation, et de diffuser dans Internet, les recherches linguistiques de six groupes de chercheurs provenant de cinq universités québécoises. Le Secrétariat y consacrera 150 000 $ au cours du prochain exercice.

Le Secrétariat appuie toujours financièrement le programme de tournée des écrivains dans les établissements d'enseignement collégial, Parlez-moi d'une langue!, grâce auquel des écrivains, des journalistes et des communicateurs partagent avec les jeunes leur passion pour une langue française de qualité.

Le Secrétariat participera à des activités de rayonnement du Québec à l'étranger, notamment au sein de la Francophonie, en appuyant la promotion du multilinguisme, par exemple, afin de favoriser le renforcement du français comme langue présente et utile dans les secteurs stratégiques.

Enfin, je veux également souligner que le Prix du Québec Georges-Émile-Lapalme sera décerné l'automne prochain, pour une septième année, à une personne ayant contribué d'une façon exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française.

L'Office québécois de la langue française

L'essentiel des crédits alloués au dossier linguistique va à l'Office québécois de la langue française, ce qui est compréhensible compte tenu de l'importance des interactions de l'Office avec l'ensemble de la population du Québec.

Cette année encore, l'Office donne la priorité au développement et à la diffusion de sa banque de terminologie, désormais connue sous le nom de Grand dictionnaire terminologique et accessible dans Internet.

La population, les différents milieux de travail et les spécialistes de la langue peuvent avoir recours, sans frais, à cette banque de près de trois millions de termes du vocabulaire industriel, scientifique et commercial. Comme le démontre son achalandage phénoménal, le Grand dictionnaire en ligne répond à un véritable besoin : il fait l'objet, en moyenne, de 120 000 recherches par jour et, dans l'ensemble, ce sont environ 200 000 internautes différents qui le consultent chaque mois. Cette démocratisation de la terminologie, il faut le souligner, rayonne bien au-delà des frontières québécoises puisque environ la moitié des demandes proviennent d'ailleurs dans le monde. Elle permet à toute la francophonie, et même à toutes les aires linguistiques, de reconnaître l'expertise québécoise en matière de langue, et à tous les utilisateurs du français d'en profiter.

En 2003-2004, l'Office ajoutera, dans le Grand dictionnaire, 4 000 fiches nouvelles ou mises à jour en fonction des besoins exprimés par les usagers québécois et de ceux créés par les technologies de l'information. Il est également prévu que le Grand dictionnaire terminologique s'enrichisse de volets espagnol et portugais, ce qui en fera une banque multilingue qui contribuera au rayonnement du français et servira de référence en Francophonie, dans les pays de la ZLEA et dans le reste du monde.

Par ailleurs, l'Office entend répondre de façon satisfaisante à environ 6 500 questions linguistiques et terminologiques, par l'entremise de son service de consultations téléphoniques tarifées. Il fera la promotion d'@ssisterme, un service de consultation par voie électronique, qui s'adresse à des publics spécialisés. Il ajoutera aussi, au contenu de la Banque de dépannage linguistique (également accessible dans Internet), 150 nouveaux articles portant principalement sur des questions grammaticales et orthographiques.

Sur un tout autre plan, je souligne avec plaisir le succès de la sixième édition de la Francofête, réalisée en mars 2003 sous la responsabilité de l'Office. Cet événement a été l'occasion de dévoiler les noms des récipiendaires de la 15e édition des Mérites du français qui, on s'en souviendra, visent à reconnaître l'excellence en français au travail, en éducation, dans les nouvelles technologies de l'information, dans la culture et les communications et dans l'intégration linguistique des nouveaux arrivants. La Francofête reviendra à nouveau en mars 2004.

L'Office a aussi remis, en collaboration avec le Publicité Club de Montréal, les Prix Jacques-Bouchard qui reconnaissent la qualité du français en création publicitaire au Québec. Enfin, l'Office a également décerné le Prix Camille-Laurin qui souligne la contribution d'une personne qui s'est distinguée dans la promotion et le développement du français.

L'une des préoccupations majeures de l'Office a trait à la promotion du français dans les technologies de l'information. De fait, la francisation des technologies de l'information est son axe prioritaire d'intervention, dans le cadre du processus de francisation des milieux de travail, dans les entreprises et dans l'Administration. La stratégie qui sous-tend cette priorité comporte un ensemble d'actions rigoureusement orchestrées dans les milieux de travail eux-mêmes, dans les organismes de formation professionnelle et technique et auprès des divers acteurs de la chaîne commerciale, en commençant par les concepteurs et les fabricants de produits informatiques.

Faire du français la langue de travail est l'un des incitatifs les plus puissants pour généraliser la connaissance et l'usage du français chez tous nos concitoyens et dans tous les domaines. Bien gagner sa vie en français est le meilleur argument en faveur de la langue française. L'Office joue, en la matière, un rôle essentiel en soutenant l'application des programmes de francisation dans les entreprises.

Cette année, l'Office poursuivra l'adaptation du processus de francisation aux conditions particulières des différents secteurs d'activités. Il entend notamment augmenter de 5 % le nombre total d'entreprises certifiées. Il se fixe également comme objectif de régulariser la situation de 35 % des entreprises dont le programme de francisation est en cours depuis plus de 10 ans.

L'Office complétera ses recherches sur les pratiques linguistiques dans les grandes entreprises à vocation internationale, en comparant la situation du Québec avec celle prévalant en France, en Catalogne et dans d'autres États.

L'Office poursuivra ses activités relatives à l'administration de l'examen de français aux futurs membres des ordres professionnels.

Par ailleurs, l'Office est chargé, depuis octobre 2002, d'assurer le suivi de l'évolution de la situation linguistique au Québec. Il analysera, entre autres, les données du Recensement canadien de 2001 qui ont été rendues publiques. Il développera de nouveaux indicateurs traitant de l'usage et du statut de la langue française ainsi que des comportements et des attitudes des différents groupes linguistiques au Québec.

C'est désormais l'Office québécois de la langue française qui est responsable d'assurer le respect de la Charte de la langue française, comme cela a déjà été le cas de 1993 à 1997. L'Office poursuivra les efforts pour informer et encourager les entreprises (notamment celles qui font l'objet de plaintes) à franciser l'ensemble de leurs produits et à s'assurer que leurs documents publicitaires, leurs factures et leurs contrats d'adhésion sont conformes à la loi. L'Office organisera des rencontres en vue d'accroître la concertation des organismes représentant les fabricants, les distributeurs et les détaillants. Enfin, il compte maintenir à près de 90 % le pourcentage de corrections, obtenues auprès des personnes et des entreprises contrevenantes, avant l'intervention du procureur général.

La Commission de toponymie du Québec

La Commission de toponymie assure la gestion courante des noms de lieux du Québec. À cet effet, elle réalise des inventaires toponymiques, elle attribue des noms à des lieux innommés et elle officialise et diffuse les noms géographiques du Québec, y compris les noms de voies de communication.

La Commission poursuivra le traitement de l'odonymie municipale, c'est-à-dire la normalisation des noms des rues et d'autres voies de circulation, un domaine qui est fortement touché par les regroupements municipaux. La Commission compte ainsi officialiser quelque 1 000 odonymes. Elle assurera le traitement d'environ 350 noms d'ouvrages d'art tels des ponts, des barrages, des digues, etc., en vue de les officialiser. La Commission diffusera, dans son site Internet, les données concernant l'origine et la signification de 10 000 toponymes importants à traiter.

La Commission héberge également, dans son site Internet, le site de la Division francophone du Groupe d'experts des Nations Unies pour les noms géographiques. Elle en poursuivra l'alimentation en données susceptibles d'intéresser les pays de l'aire francophone. La contribution de la Commission, à ce forum de discussions sur la normalisation toponymique, est reconnue et très appréciée, aussi bien à une échelle nationale qu'internationale.

Le Conseil supérieur de la langue française

Le Conseil supérieur de la langue française a pour mission de me conseiller sur toute question relative à la langue française au Québec et de me saisir de toute question qui, selon lui, appelle l'attention du gouvernement.

Cette année, le Conseil mènera à terme et entreprendra diverses études qui porteront, notamment, sur la langue du travail, l'intégration linguistique des immigrants et la place du français dans une société de l'information. Il poursuivra également les travaux déjà amorcés sur la maîtrise et la qualité de la langue, particulièrement chez les jeunes Québécois.

Dans le cadre de ses recherches, il participera activement aux séminaires et aux réunions en lien avec les autres organismes de la francophonie ainsi qu'avec l'Agence intergouvernementale de la Francophonie.

Enfin, cette année encore, le Conseil supérieur de la langue française remettra quatre grand prix qui soulignent les apports exceptionnels, d'individus ou d'organismes à la société francophone, dans le cas du Prix du 3-juillet-1608 et de l'Ordre des francophones d'Amérique, ou de journalistes québécois, dans le cas du Prix Jules-Fournier et du Prix Raymond-Charette.

Conclusion

Toutes ces mesures permettront, ainsi que l'a indiqué le Premier ministre lors du discours inaugural de la présente législature, de faire en sorte que « notre langue commune demeure le cœur de l'identité québécoise ». Elles inscrivent l'action de notre gouvernement « dans la continuité des gouvernements précédents qui ont, avec une constance et une détermination remarquables, promu l'usage et la qualité du français » au Québec. À notre tour, nous entendons honorer « cette responsabilité historique ».

Voilà, Monsieur le Président, les informations que je voulais vous livrer concernant la politique linguistique québécoise et les organismes qui voient à son application.

Je vous remercie de votre attention.

 
 
 

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