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Étude des crédits alloués au dossier linguistique pour l'année 2004-2005

11 mai 2004

REMARQUES PRÉLIMINAIRES de la ministre de la Culture et des Communications, madame Line Beauchamp

Québec, Assemblée nationale, le 11 mai 2004

Le texte lu fait foi.


Monsieur le Président,

À titre de ministre de la Culture et des Communications, je tiens d'abord à rappeler l'engagement du gouvernement du Québec à promouvoir l'identité québécoise, sa langue et sa culture, ainsi que le mentionne notre plan d'action intitulé Briller parmi les meilleurs. Le premier ministre du Québec, monsieur Jean Charest, a rappelé à ce propos que « tout au long de notre histoire, nous avons su avec brio affirmer notre culture et notre langue, porter notre voix et notre génie jusqu'aux plus hauts sommets ».

En effet, la langue française constitue le ciment de la spécificité du Québec. L'affirmation et la promotion de l'identité québécoise reposent d'abord sur sa langue officielle, qui fonde le sentiment d'appartenance à la communauté. C'est pourquoi, il est essentiel d'en assurer l'usage, d'en valoriser la maîtrise et d'en améliorer la qualité.

À ce propos, je crois utile de rappeler que nous avions souscrit à ces valeurs il y a trente ans cette année, en fournissant à la langue française le premier cadre législatif conçu pour la protéger et lui conférer le statut de langue officielle du Québec. En effet, c'est en 1974 que le gouvernement, dirigé alors par monsieur Robert Bourassa, faisait adopter la Loi sur la langue officielle.

Aujourd'hui, nous entendons structurer cet engagement autour de trois grands axes. D'abord en poursuivant et en intensifiant la francisation des milieux de travail et en veillant à ce que le français maintienne son statut de langue normale et habituelle du commerce et des affaires. Puis, en attachant une importance particulière à l'apprentissage et à la diffusion d'une langue de qualité, afin que la maîtrise du français continue de progresser dans tous les milieux. Enfin, en favorisant une concertation soutenue et un suivi constant des actions gouvernementales dans le domaine linguistique.

Pour ce faire, plusieurs défis nous interpellent.

Renforcer le français comme langue du travail, du commerce et des affaires

La décroissance de la part que représentent les francophones au Canada, l'accroissement d'une immigration de plus en plus diversifiée et la baisse de la fécondité de la population francophone depuis le milieu des années 1960 sont désormais considérés comme des tendances lourdes. À cela s'ajoutent les forces dominantes du marché linguistique nord-américain, le développement des nouvelles technologies de communication et l'expansion de l'anglais dans les communications internationales, autant de facteurs qui en favorisent l'usage. Au XXIe siècle, la situation de la langue française en Amérique du Nord doit donc toujours faire l'objet de vigilance.

Dans ce contexte, il demeure nécessaire de promouvoir le français dans les milieux de travail ainsi que dans le domaine du commerce et des affaires. D'une part, parce que le fait de pouvoir réussir économiquement et socialement en français représente sans doute l'un des meilleurs incitatifs pour favoriser la connaissance et l'usage de cette langue par tous les Québécois. Et d'autre part, pour que les travailleurs et les consommateurs québécois, majoritairement francophones, puissent travailler et être servis en français.

Valoriser et généraliser une langue de qualité

D'autre part, la langue française qui est le fondement essentiel de l'identité québécoise, est aussi le premier véhicule de la pensée et de l'expression. Depuis trente ans, des progrès importants ont été accomplis au Québec pour accroître la qualité du français, oral et écrit. De même, en matière de toponymie, les normes et les règles d'écriture à respecter dans la dénomination des lieux québécois se sont sensiblement raffinées au fil des ans. Mais il reste encore beaucoup à faire pour que les entreprises, l'administration publique et la population en général soient suffisamment outillées pour répondre aux exigences d'une société et d'une époque de plus en plus axées sur le savoir et les communications.

Consolider la politique linguistique du Québec

Enfin, le Québec s'est doté d'une politique linguistique qui vise à promouvoir la langue française et à favoriser son épanouissement dans le contexte nord-américain. L'impulsion nécessaire pour donner sa pleine mesure à cette politique suppose d'assurer sa cohérence, notamment au sein de l'État québécois dont les pratiques linguistiques doivent demeurer exemplaires. De même, cette politique doit s'accompagner de gestes officiels qui encouragent les initiatives issues de la population pour assurer la qualité et le rayonnement du français. Enfin, l'évolution de la politique linguistique doit tenir compte du contexte sociolinguistique qui façonne le Québec; à cet effet, il est indispensable de bien documenter l'évolution de la situation linguistique québécoise, canadienne et internationale.

Les crédits alloués et leur répartition

Faire progresser le français au Québec, en Amérique et dans la Francophonie : c'est cette volonté, Monsieur le Président, qui guide le gouvernement en matière de politique linguistique.

Les crédits alloués, en 2004-2005, à la coordination de la politique linguistique (assumée par le Secrétariat à la politique linguistique) ainsi qu'aux trois organismes de la Charte de la langue française (l'Office québécois de la langue française, le Conseil supérieur de la langue française et la Commission de toponymie du Québec) totalisent quelque 22 M$. Ce sont ces crédits que nous examinons aujourd'hui.

L'Office québécois de la langue française dispose de 17,7 M$ pour ses activités de production et de diffusion de terminologie, d'implantation du français dans les entreprises et l'Administration, de suivi de la situation linguistique du Québec et de traitement des plaintes que lui adressent les citoyens en rapport avec le respect de la Charte de la langue française.

La Commission de toponymie est rattachée administrativement à l'Office. De ce fait, les crédits alloués à l'Office englobent ceux qui sont attribués à la Commission pour la poursuite de ses travaux d'inventaire, de traitement et d'officialisation des noms géographiques du Québec.

Une somme de 1,5 M$ est attribuée au Conseil supérieur de la langue française dont le mandat est de me conseiller sur toute question relative à la langue française au Québec.

Enfin, le Secrétariat à la politique linguistique dispose de 1,3 M$ pour assurer la cohérence entre les actions des organismes de la Charte et les politiques et directives du gouvernement, ainsi que pour des activités de promotion de la langue française.

Le Secrétariat gère, par ailleurs, une provision d'un peu plus de 1,5 M$ afin de soutenir des mesures spéciales de francisation à l'intention des immigrants adultes, des actions de francisation en milieu de travail et des projets de recherche.

Le Secrétariat à la politique linguistique

Cette année encore, le Secrétariat à la politique linguistique continuera de coordonner le développement et l'application de la politique linguistique ainsi que la mise en œuvre des mesures qui en découlent. En outre, il m'appuiera dans mon action.

Le Secrétariat agira également comme soutien dans les dossiers judiciaires concernant la Charte de la langue française. Il poursuivra son rôle de conseiller auprès des universités et des collèges pour l'élaboration de leur politique linguistique, qui doit être déposée auprès du ministère de l'Éducation d'ici le 1er octobre prochain.

Le Secrétariat mettra aussi en œuvre des actions visant à promouvoir et à mieux faire connaître la politique linguistique du Québec, ici comme à l'étranger. À cet effet, il ajoutera, aux traductions déjà faites de ses publications, des versions en italien, en allemand, en arabe et en japonais. Il développera de nouveaux outils de promotion, notamment à l'intention des autochtones et des jeunes. Il poursuivra ses séances d'information auprès des visiteurs étrangers, du réseau de la Culture et des Communications ainsi que des délégations du Québec à l'étranger.

Le Secrétariat veillera à la diffusion et au développement d'un français de qualité au Québec. Il poursuivra à cet égard, de concert avec le ministère de la Culture et des Communications, sa collaboration aux travaux de la Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias, qui regroupe des représentants des médias publics, des médias privés et des médias communautaires, qu'ils soient écrits ou électroniques.

Le Secrétariat maintiendra encore son aide à la diffusion et au développement de fonds québécois de données linguistiques et textuelles. Depuis sa mise sur pied, en 1997-1998, ce programme a permis de soutenir les travaux de développement et d'exploitation, et de diffuser dans Internet, les recherches linguistiques de six groupes de chercheurs provenant de cinq universités québécoises.

En lien avec le développement et l'exploitation des corpus lexicaux québécois, le gouvernement, par l'entremise du Secrétariat, maintiendra son appui financier au projet de description du français standard en usage au Québec mené par le groupe de recherche FRANQUS de l'Université de Sherbrooke. Il s'agit là d'un projet original et de grande envergure, qui permettra, à terme, aux Québécois d'avoir une description scientifique de leurs usages de niveau standard, et un dictionnaire de langue générale, où les mots définis seront illustrés avec des citations et des exemples tirés majoritairement de textes littéraires, scientifiques et journalistiques québécois, mais aussi de textes étrangers.

Le Secrétariat poursuivra son appui financier au programme de tournée des écrivains dans les établissements d'enseignement collégial, Parlez-moi d'une langue!, grâce auquel des écrivains, des journalistes et des communicateurs partagent avec les jeunes leur passion pour une langue française de qualité.

Finalement, je veux également souligner que le Prix du Québec Georges-Émile-Lapalme sera décerné l'automne prochain, pour une huitième année, à une personne ayant contribué d'une façon exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française.

L'Office québécois de la langue française

L'essentiel des crédits alloués au dossier linguistique va à l'Office québécois de la langue française, en raison de la mission centrale qu'il joue dans l'application de la Charte de la langue française et de l'importance des interactions de l'Office avec l'ensemble de la population du Québec.

Faire du français la langue de travail est l'un des incitatifs les plus puissants pour généraliser la connaissance et l'usage du français chez tous nos concitoyens et dans tous les domaines. L'Office joue, en la matière, un rôle essentiel en soutenant l'application des programmes de francisation dans les entreprises.

C'est ainsi que l'Office continuera à mettre l'accent sur la certification des entreprises et d'exercer un contrôle rigoureux sur les programmes de francisation, notamment ceux qui s'échelonnent sur plusieurs années.

L'Office mènera également des interventions sectorielles pour résoudre à la source les problèmes de francisation qui affectent un ensemble d'entreprises ou d'organismes de l'Administration. Les secteurs prioritaires visés sont l'automobile, le camionnage, l'aérospatiale et l'informatique. Des interventions sectorielles seront aussi entreprises auprès des ministères et des organismes assujettis à la Politique d'utilisation du français dans les technologies de l'information relativement à la francisation de divers logiciels.

L'Office a en outre prévu de se pencher particulièrement sur la langue des jeux vidéo et non plus uniquement sur l'emballage et la documentation accompagnant ces jeux. L'Office interviendra aussi auprès des fabricants d'appareils d'électroménagers afin d'obtenir de leur part des engagements à franciser les inscriptions sur leurs appareils. À cette fin, il organisera une campagne de publicité pour inciter les consommateurs et consommatrices à s'abstenir d'acheter les appareils qui sont vendus sans aucune inscription en français et encouragera la population à toujours exiger des inscriptions en français sur les gros appareils électroménagers achetés au Québec.

En matière de terminologie et d'assistance terminolinguistique, l'Office entend mener des travaux d'explicitation et de valorisation de la norme linguistique du français à promouvoir au Québec en la situant par rapport à celle des autres variétés de français. À cette fin, il procèdera à la mise à jour des énoncés de politique sur les québécismes et sur l'emprunt linguistique; il participera à l'Observatoire francophone du français contemporain pour ce qui est des orientations touchant l'orthographe; il maintiendra et développera des partenariats avec des centres de recherche québécois; et enfin, il continuera ses activités de coopération sur la plan international, notamment avec la Maison Larousse et le réseau Realiter de l'Union latine.

Par ailleurs, l'Office entend répondre aux questions linguistiques et terminologiques qu'on lui adresse, par l'entremise de son service de consultations téléphoniques tarifées. Il fera la promotion d'@ssisterme, un service de consultation par voie électronique, qui s'adresse à des publics spécialisés, de même que de son nouveau service Immédi@t, qui donne un accès privilégié et gratuit d'assistance linguistique et terminologique aux représentants des médias. Il ajoutera aussi, au contenu de la Banque de dépannage linguistique (également accessible dans Internet), 300 nouveaux articles et environ 100 exercices portant principalement sur des questions grammaticales et orthographiques.

L'Office poursuivra l'enrichissement du Grand dictionnaire terminologique par l'ajout de quelque 5000 fiches et il développera un nouveau système de production de banque de terminologie à portée multilingue. Comme le démontre son achalandage phénoménal, le Grand dictionnaire en ligne répond à un véritable besoin : le nombre de recherches qu'y ont fait les internautes est passé de presque 18 millions en 2001-2002 à plus de 41 millions l'an dernier.

Afin d'assurer le suivi de l'évolution de la situation linguistique au Québec, l'Office effectuera des analyses et des recherches portant, entre autres, sur la langue du travail, du commerce et des affaires, sur les attitudes et les comportements des groupes linguistiques, sur l'utilisation du français à l'oral chez les lecteurs de nouvelles et les futurs enseignants ainsi que sur les opinions sur la norme.

L'Office poursuivra ses activités relatives à l'administration de l'examen de français aux futurs membres des ordres professionnels.

En ce qui concerne le traitement des plaintes, l'Office poursuivra ses efforts pour informer et encourager les entreprises à franciser l'ensemble de leurs produits et à s'assurer que leurs documents publicitaires, leurs factures et leurs contrats d'adhésion sont conformes à la loi.

En matière d'activités publiques et de promotion du français, je souligne avec plaisir le succès de la huitième Francofête, réalisée en mars 2004 sous la responsabilité de l'Office. Cet événement a été l'occasion de dévoiler les noms des récipiendaires des Mérites du français qui, on s'en souviendra, visent à reconnaître l'excellence en français au travail, en éducation, dans les nouvelles technologies de l'information, dans la culture et les communications et dans l'intégration linguistique des nouveaux arrivants.

L'Office a aussi remis, en collaboration avec le Publicité Club de Montréal, les Prix Jacques-Bouchard qui reconnaissent la qualité du français en création publicitaire au Québec. Enfin, l'Office a également décerné le Prix Camille-Laurin qui souligne la contribution d'une personne qui s'est distinguée dans la promotion et le développement du français.

La Commission de toponymie du Québec

La Commission de toponymie assure la gestion courante des noms de lieux du Québec. Elle réalise des inventaires toponymiques, elle attribue des noms à des lieux innommés et elle officialise et diffuse les noms géographiques du Québec, y compris les noms de voies de communication.

La Commission poursuivra son mandat d'officialisation des noms de lieux et elle entend faire la promotion de leur utilisation et de leur mise en valeur à titre d'éléments du patrimoine québécois. La Commission compte ainsi officialiser quelque 2 000 toponymes. Elle assurera le traitement d'environ 3 500 noms de lieux et d'environ 50 noms d'ouvrages d'art tels des ponts, des barrages, des digues, etc., en vue de les officialiser.

La Commission participe aux travaux de la Commission de toponymie du Canada et elle héberge, dans son site Internet, le site de la Division francophone du Groupe d'experts des Nations Unies pour les noms géographiques. Elle en poursuivra l'alimentation en données susceptibles d'intéresser les pays de l'aire francophone.

Le Conseil supérieur de la langue française

Le Conseil supérieur de la langue française a pour mission de me conseiller sur toute question relative à la langue française au Québec et de me saisir de toute question qui, selon lui, appelle l'attention du gouvernement.

À la suite des consultations qu'il a tenues tout au cours de l'année dernière pour examiner le processus de francisation des milieux de travail, le Conseil devrait rendre publique sa réflexion à ce sujet. Il effectuera des études préparatoires à une réflexion sur l'intégration linguistique des immigrants, notamment sur les enfants de la loi 101.

Le Conseil mènera diverses études qui porteront, entre autres, sur la langue du travail des immigrants, le traitement informatique du français, l'évolution des transferts linguistiques et sur les facteurs favorisant l'usage public du français ou de l'anglais à Montréal chez les allophones scolarisés au Québec, avant ou après l'adoption de la Charte de la langue française.

Dans le cadre de ses recherches, le Conseil participera à diverses activités de coopération avec des organismes linguistiques.

Enfin, cette année encore, le Conseil supérieur de la langue française remettra quatre grand prix qui soulignent les apports exceptionnels, d'individus ou d'organismes à la société francophone, dans le cas du Prix du 3-juillet-1608 et de l'Ordre des francophones d'Amérique, ou de journalistes québécois, dans le cas du Prix Jules-Fournier et du Prix Raymond-Charette.

Conclusion

Toutes ces mesures permettront de faire en sorte que notre langue commune demeure au cœur de l'identité québécoise. Elles inscrivent l'action de notre gouvernement dans une volonté de continuité pour faire en sorte que l'usage et la qualité du français au Québec progressent. Il s'agit là d'une responsabilité historique que nous avons assumée dès la période de la Révolution tranquille, par la mise en place d'un ministère et d'un système d'éducation ouvert à tous, puis, quelques années plus tard, par la promulgation de la première loi linguistique faisant du français la langue officielle du Québec. Nous entendons poursuivre cet engagement avec enthousiasme et détermination.

Voilà, Monsieur le Président, les informations que je voulais vous livrer concernant la politique linguistique québécoise et les organismes qui voient à son application.

Je vous remercie de votre attention.

 
 
 

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