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Étude des crédits alloués au dossier linguistique pour l'année 2005-2006

19 mai 2005

REMARQUES PRÉLIMINAIRES DE LA MINISTRE DE LA CULTURE ET DES COMMUNICATIONS, MADAME LINE BEAUCHAMP

Québec, Assemblée nationale, le 19 mai 2005

Le texte lu fait foi.

 

Monsieur le Président,

En quelques décennies, le Québec s'est progressivement doté d'une politique linguistique, c'est-à-dire d'un ensemble d'instruments juridiques et administratifs, conçus pour valoriser la langue française. L'un des premiers instruments que nous nous sommes donnés, la Loi sur la langue officielle, a conféré au français le statut de langue officielle du Québec. C'était en 1974 et nous avons souligné, l'an dernier, le trentième anniversaire de cette loi fondatrice. Par la suite est arrivée la Charte de la langue française. À la Charte se sont ajoutés une douzaine de règlements ainsi que plusieurs politiques gouvernementales ou sectorielles, destinées à renforcer l'usage du français au Québec.

Des progrès ont été accomplis dans cette foulée, pour redonner au français un statut qui reflète mieux la place centrale qu'il occupe, et qu'il doit continuer à occuper, dans la société québécoise. Que ce soit au travail, à l'école, dans le commerce et les affaires, ou encore dans l'administration publique et les tribunaux, la langue française a conquis du terrain. La Cour suprême du Canada vient d'ailleurs de reconnaître la constitutionnalité de dispositions importantes de la Charte, relatives à la langue de l'enseignement.

Ces progrès ne nous empêchent toutefois pas de demeurer vigilants. Sans doute sommes-nous condamnés à demeurer vigilants, dès qu'il s'agit de l'avenir du français au Québec. Parce que nous vivons en Amérique du Nord, où les francophones ne représentent que 2 % de la population. Parce que, à la proximité géographique et culturelle des États-Unis, s'ajoute désormais la pression des marchés. Et, surtout, parce que la démographie québécoise ne joue pas en faveur de l'expansion du français.

Notre langue officielle commune, le français, est au cœur de l'identité québécoise. Aussi sa promotion demeure-t-elle, en 2005-2006, l'une des priorités du gouvernement.

Notre engagement en faveur de la langue française se décline en fonction de trois objectifs généraux, que l'on retrouve dans le Plan stratégique en matière de politique linguistique 2005-2008 : renforcer le français comme langue du travail, du commerce et des affaires; valoriser et généraliser une langue de qualité; consolider la politique linguistique du Québec.

1. Renforcer le français comme langue du travail, du commerce et des affaires

En matière de langue, un premier enjeu concerne la francisation des entreprises québécoises et l'utilisation du français comme langue du commerce et des affaires.

Dans un contexte de mondialisation des marchés et d'accroissement des technologies de l'information où domine souvent l'anglais, de nombreux États, dont le Québec, sont confrontés à la force d'attraction que continue d'exercer l'anglais dans les milieux de travail.

Les résultats de 2004-2005, en matière de francisation des entreprises au Québec, sont néanmoins très encourageants. D'une part, le taux de certification a connu une croissance importante, passant de 76 % à 81 %. D'autre part, un nombre record d'entreprises québécoises (4 216, le 31 mars dernier), sont maintenant certifiées.

En 2004-2005, l'Office québécois de la langue française a ainsi accordé un certificat de francisation à 259 nouvelles entreprises. De plus, durant cette même période, 545 entreprises appliquaient un programme de francisation, comparativement à 474 l'année précédente.

Globalement, l'Office constate que 40 % des entreprises québécoises ont progressé en matière de francisation, soit en obtenant leur certificat de francisation, soit en faisant approuver et en mettant en œuvre leur programme de francisation. L'objectif initial de 25 %, que s'était fixé l'Office pour 2004-2005, a donc été largement dépassé.

Tous ces résultats sont le fruit d'efforts concertés entre les centrales syndicales, le patronat et l'Office québécois de la langue française. Mais nous voulons, et nous allons, poursuivre sur cette lancée.

2. Valoriser et généraliser une langue de qualité

Le second enjeu a trait à l'amélioration de la qualité du français oral et écrit, un sujet qui a suscité bien des réflexions au cours de l'année qui se termine. Je vois là un signe de saine vitalité et une confirmation supplémentaire, s'il en faut, de l'attachement des Québécoises et des Québécois à leur langue.

Je constate également que nous ne nous sommes pas trompés quand nous avons choisi de faire de la valorisation et de la généralisation d'une langue de qualité, l'une de nos priorités en matière linguistique. Il est toujours possible et souhaitable d'approfondir la connaissance que nous avons d'une langue et, a fortiori, de celle que nous utilisons chaque jour. Plus nous maîtriserons le fonctionnement de la langue française, plus nous valoriserons la richesse du vocabulaire et les bons usages grammaticaux et syntaxiques, plus nous préviendrons l'exclusion linguistique… et mieux se portera le français au Québec.

3. Consolider la politique linguistique du Québec

Enfin, notre action en matière de politique linguistique s'attachera aussi à la consolidation de la politique linguistique québécoise.

Dans cette optique, il nous faut continuer à assurer la cohérence de notre politique linguistique, en particulier au sein de l'État québécois dont les pratiques linguistiques doivent demeurer exemplaires. Nous devons également maintenir les efforts qui visent à mieux faire connaître la politique linguistique, y compris à l'extérieur du Québec, et tout mettre en œuvre pour célébrer la vitalité de la langue française au Québec. Finalement, j'attends des organismes de la Charte qu'ils excellent à nous informer de l'état de la situation linguistique et à documenter son évolution et ses défis.

Les crédits alloués et leur répartition

Ainsi, monsieur le Président, en matière de politique linguistique, nous nous attacherons cette année :

  • à renforcer le français comme langue du travail, du commerce et des affaires, 
  • à valoriser et à généraliser une langue de qualité 
  • et à consolider la politique linguistique du Québec.

Pour atteindre ces objectifs, les crédits alloués aux trois organismes de la Charte de la langue française (l'Office québécois de la langue française, le Conseil supérieur de la langue française et la Commission de toponymie) ainsi qu'à la coordination de la politique linguistique (assumée par le Secrétariat à la politique linguistique) sont de 22,7 M$, soit un montant équivalent à celui de l'an dernier.

Ce sont ces crédits que nous examinons aujourd'hui.

L'Office québécois de la langue française

L'essentiel des crédits alloués au dossier linguistique va à l'Office québécois de la langue française, en raison de la mission centrale que joue cet organisme pour l'application de la Charte de la langue française et en raison, aussi, de l'importance des interactions de l'Office avec l'ensemble de la population du Québec.

En effet, l'Office effectue un éventail large et diversifié d'activités telles la production et la diffusion de la terminologie, l'implantation du français dans l'Administration et dans les entreprises, le suivi de la situation linguistique du Québec et le traitement des plaintes que lui adressent les citoyens en rapport avec le respect de la Charte de la langue française.

Faire du français la langue de travail est l'un des incitatifs les plus puissants pour généraliser la connaissance et l'usage du français chez tous nos concitoyens et dans tous les domaines. L'Office joue, en la matière, un rôle essentiel en soutenant l'application des programmes de francisation dans les entreprises.

Cette année encore, l'Office continuera donc à mettre l'accent sur la certification des entreprises et à exercer un contrôle rigoureux sur les programmes de francisation, notamment ceux qui s'échelonnent sur plusieurs années.

Ainsi, il mènera des interventions sectorielles pour résoudre à la source les problèmes de francisation qui affectent un ensemble d'entreprises ou d'organismes de l'Administration. Les secteurs prioritaires visés sont les mêmes que l'an dernier pour les entreprises (l'automobile, le camionnage et l'aérospatiale) et l'Office y ajoute, cette année, les secteurs des technologies de l'information et l'hôtellerie. La poursuite des interventions sectorielles menées auprès des ministères et des organismes pour la francisation de leurs technologies de l'information est également au programme.

L'Office, comme le prévoit la loi, continuera l'examen des ententes particulières visant certains sièges d'entreprise et centres de recherche. Il développera également des mesures susceptibles de revitaliser les comités de francisation des grandes entreprises. Il s'agit là d'un nouvel objectif inscrit au Plan stratégique 2005-2008, qui consiste à s'assurer que davantage de comités de francisation (il en existe plus de 2 000) soient actifs et répondent aux exigences de la loi.

L'Office poursuivra ses interventions visant à renforcer le français comme langue du commerce et des affaires. En plus des deux interventions déjà en cours concernant les jeux vidéo et les appareils électroménagers, il mettra en œuvre, en prévision de la prochaine période des achats de Noël, une campagne d'information sur la langue des textes accompagnant les appareils électriques et électroniques vendus au Québec. Il diffusera aussi, au printemps 2006, des informations semblables sur les appareils électroménagers.

En matière de terminologie et d'assistance terminolinguistique, l'Office entend mettre à jour plusieurs politiques linguistiques officielles, dont celle qui est relative aux québécismes. Il continuera à travailler en partenariat et en développera de nouveaux avec les universités, les entreprises privées, des associations ainsi que des ministères et organismes publics.

Par ailleurs, l'Office offrira à la population, cette année encore, des services d'expertise terminologique et linguistique. Il le fera par l'entremise de son service de consultations téléphoniques tarifées (5 $ la consultation), de son service de consultation par voie électronique (@ssisterme) qui s'adresse à des publics spécialisés et de son service Immédi@t, qui donne un accès privilégié et gratuit d'assistance linguistique et terminologique aux représentants des médias. Il ajoutera aussi, au contenu de la Banque de dépannage linguistique (également accessible dans Internet), quelque 300 nouveaux articles et, à son Grand dictionnaire terminologique, environ 5 000 nouvelles fiches.

L'Office a pour mandat d'assurer le suivi de l'évolution de la situation linguistique au Québec. À cet effet, il mettra à jour et publiera plusieurs études démolinguistiques, dont une étude portant sur « Les caractéristiques linguistiques de la population du Québec » entre 1991 et 2001, qui vient d'être rendue publique ce matin. Il développera aussi de nouveaux indicateurs, en particulier en ce qui a trait à la langue de travail.

J'aimerais également souligner que l'Office devrait rendre publiques, au cours de l'année à venir, trois études portant sur la qualité de la langue orale au Québec : l'une concerne la langue des bulletins d'information à la radio québécoise; la seconde, le français oral des étudiants qui se destinent à l'enseignement au secondaire; et la troisième, sur la langue des élèves du secondaire et des étudiants inscrits dans les collèges.

En matière d'activités publiques et de promotion du français, je signale avec plaisir le succès de la neuvième Francofête, réalisée en mars 2005 sous la responsabilité de l'Office. Cet événement a été l'occasion de dévoiler les noms des récipiendaires des Mérites du français qui, je le rappelle, visent à reconnaître l'excellence en français au travail, en éducation, dans les nouvelles technologies de l'information, dans la culture et les communications et dans l'intégration linguistique des nouveaux arrivants. Mais l'Office a aussi profité de l'événement pour remettre les premiers prix Francopub. Trois mentions ex æquo et un grand prix ont ainsi été décernés aux publicitaires et aux annonceurs, pour souligner la qualité de la langue en création publicitaire.

La prochaine Francofête aura lieu en mars 2006 et marquera les dix ans de cette manifestation.

La Commission de toponymie

La Commission de toponymie assure la gestion courante des noms de lieux du Québec. À cet effet, elle réalise des inventaires toponymiques, elle attribue des noms à des lieux innommés et elle officialise et diffuse les noms géographiques du Québec, y compris les noms de voies de communication.

La Commission poursuivra son mandat d'officialisation des noms de lieux, tout en continuant à faire la promotion et la mise en valeur des toponymes québécois qui constituent de précieux éléments de notre patrimoine. C'est la Commission, par exemple, qui a officialisé le toponyme Joseph-Armand-Bombardier pour désigner le tronçon sud de l'autoroute 55, entre Stanstead et Drummondville. Cette désignation commémorative, qui a reçu de très nombreux appuis, rend hommage à l'inventeur de la motoneige et au fondateur de l'entreprise commerciale qui porte son nom.

Ces toponymes sont diffusés par la Commission, notamment grâce à la banque TOPOS qui se trouve dans son site Internet. Cette année, la Commission compte enrichir cette banque de quelque 3 000 noms de lieux. D'ailleurs, la Commission procédera à la refonte de son site Internet, de manière à en rendre la consultation encore plus conviviale et à améliorer ses services aux internautes.

Depuis de nombreuses années, la Commission participe aux travaux de différents groupes de travail, aussi bien à l'échelle nationale qu'internationale. Son excellente réputation et la qualité de son expertise en font l'un des organismes toponymiques les plus recherchés.

Le Conseil supérieur de la langue française

Le Conseil supérieur de la langue française a pour mission de me conseiller sur toute question relative à la langue française au Québec et de me saisir de toute question qui, selon lui, appelle l'attention du gouvernement.

Au cours de l'année dernière, le Conseil s'est notamment penché sur la redynamisation du processus de francisation des milieux de travail, dans un contexte d'économie ouverte, dominée par les nouvelles technologies. Cette recherche fera l'objet d'un avis qui sera rendu public au cours des mois à venir.

D'autres publications du Conseil sont prévues, dont un ouvrage attendu sur les nouveaux défis du français au Québec, qui devrait être publié en juin 2005. De même, une réflexion pluridisciplinaire sur la diversité linguistique et culturelle propre à la société québécoise, est prévue en cours d'année

Cette année encore, le Conseil supérieur de la langue française remettra quatre grand prix qui soulignent les apports exceptionnels, d'individus ou d'organismes à la société francophone, dans le cas du Prix du 3-juillet-1608 et de l'Ordre des francophones d'Amérique, ou de journalistes québécois, dans le cas du Prix Jules-Fournier et du Prix Raymond-Charette.

Le Secrétariat à la politique linguistique

Comme par le passé, le Secrétariat à la politique linguistique jouera un rôle de coordination, de concertation et de promotion à l'égard de la politique linguistique québécoise.

Le Secrétariat agira comme soutien dans les dossiers judiciaires concernant la Charte de la langue française. Il assurera la cohérence de l'application de la politique linguistique à l'échelle du gouvernement, notamment dans le domaine de la diffusion électronique. Il poursuivra ses efforts pour mieux faire connaître et promouvoir la politique linguistique du Québec, ici comme à l'étranger.

Le Secrétariat veillera à la valorisation et à la généralisation d'un français de qualité au Québec. Dans cette optique, il assurera la participation québécoise au Sous-comité franco-québécois sur la qualité du français dans l'administration publique. De même, il poursuivra, de concert avec le ministère de la Culture et des Communications, sa collaboration aux travaux de la Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias, qui regroupe des représentants de tous les médias (publics, privés et communautaires) de langue française du Québec.

Je profite d'ailleurs de l'occasion, aujourd'hui, pour féliciter les membres de la Table de concertation sur la qualité de la langue dans les médias. La Table s'est en effet mérité, grâce à ses efforts de sensibilisation des milieux médiatiques à l'importance d'un français oral et écrit de bonne qualité, un Prix pour la promotion d'une langue de qualité. Ce prix a été décerné par l'Office québécois de la langue française dans le cadre de la Francofête.

Le Secrétariat maintiendra encore son aide à la diffusion et au développement de fonds québécois de données linguistiques et textuelles. Depuis sa mise sur pied, en 1997-1998, ce programme a permis de soutenir les travaux de développement et d'exploitation de plusieurs groupes de chercheurs provenant de cinq universités québécoises. Il a aussi permis la mise en réseau de quinze bases de données linguistiques.

Toujours dans une perspective de développement et d'exploitation des corpus lexicaux québécois, le gouvernement maintiendra son appui financier au projet de description du français standard en usage au Québec mené par le groupe de recherche FRANQUS de l'Université de Sherbrooke. Il s'agit là d'un projet original et de grande envergure qui, à terme, permettra aux Québécois d'avoir une description scientifique de leurs usages de niveau standard, et un dictionnaire de langue générale, où les mots définis seront illustrés par des citations et des exemples tirés majoritairement de textes littéraires, scientifiques et journalistiques québécois.

Le Secrétariat poursuivra son appui financier au programme de tournée des écrivains dans les établissements d'enseignement collégial, Parlez-moi d'une langue!, grâce auquel, en 2004-2005, quelque 80 écrivains et professionnels de la communication ont rencontré plus de 6 000 élèves d'une quarantaine d'établissements d'enseignement collégial du Québec.

Le Secrétariat gère, par ailleurs, une provision d'un peu plus de 1,5 M$ afin de soutenir des mesures spéciales de francisation à l'intention des immigrants adultes, des actions de francisation en milieu de travail et des projets de recherche.

Finalement, je veux également souligner que le Prix du Québec Georges-Émile-Lapalme sera décerné l'automne prochain, pour une neuvième année, à une personne qui aura contribué d'une façon exceptionnelle à la qualité et au rayonnement de la langue française. L'an dernier, j'ai eu le plaisir de remettre le Prix Georges-Émile-Lapalme à ce grand communicateur, très aimé des Québécois, monsieur Jacques Languirand.

Conclusion

Toutes ces mesures visent à promouvoir la langue française au Québec et à favoriser son épanouissement dans le contexte nord-américain qui est le nôtre. Elles inscrivent l'action de notre gouvernement dans une volonté de continuité, pour faire en sorte que l'usage et la qualité du français au Québec progressent. Il s'agit là d'un engagement ferme du gouvernement, que j'entends poursuivre avec détermination.

En terminant, permettez-moi de rappeler ceci : si la politique linguistique et les organismes de la Charte sont essentiels pour assurer l'épanouissement du français au Québec, notre responsabilité collective à l'égard de la langue va néanmoins bien au-delà des dispositifs mis en place par le gouvernement. Il revient à chacun et à chacune d'entre nous de faire notre part. Quand je constate l'implication formidable des milieux culturels, milieux que je connais bien, mais aussi des enseignants, des syndicats et d'un nombre considérable de grandes entreprises et de milieux municipaux, pour promouvoir et faire rayonner le français au Québec, je me dis que nous avons toutes les raisons de nous réjouir. Parce que l'avenir du français est également là, dans cette convergence des efforts pour rendre contagieuse notre fierté de parler, de travailler et de vivre en français.

Je vous remercie.

 
 
 

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