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À l’occasion de la clôture du Séminaire interaméricain sur la gestion des langues

30 août 2002

À l’occasion de la clôture du
Séminaire interaméricain sur la gestion des langues

Le texte lu fait foi

Madame la ministre de la Culture et de l'Éducation du Paraguay,
Chers collègues de la Chambre des députés du Mexique et de l'Assemblée nationale,
Madame la présidente du Conseil de la langue française,
Distingués invités,
Mesdames et Messieurs,

Permettez-moi, au nom du gouvernement du Québec, de vous remercier d’avoir accepté si aimablement de venir discuter avec nous des enjeux linguistiques liés au processus d’intégration économique des États des Amériques.

Votre présence à ce séminaire témoigne de l’importance que vous accordez à ces enjeux qui s’inscrivent dans la problématique plus globale de la préservation de la diversité linguistique et culturelle à l’heure de la mondialisation.

  • Vous avez débattu au cours des deux derniers jours de divers moyens pour préserver cette diversité linguistique et culturelle.
  • Vous avez proposé la mise en place d'une structure de veille et d'échanges sur la diversité linguistique afin de travailler solidairement et de mettre en valeur la richesse linguistique et culturelle des Amériques
  • Vous avez également adopté des propositions pour valoriser le multilinguisme dans les organisations interaméricaines pour que le portugais, l'espagnol, l'anglais et le français y jouissent d'un statut comparable et que l'ensemble des documents officiels de ces organisations soient disponibles dans ces langues.
  • Vous avez aussi placé l'apprentissage des langues étrangères au cœur de vos préoccupations. En effet, l'introduction de l'apprentissage des quatre langues officielles des Amériques dans les programmes éducatifs de nos État constitue, à n'en pas douter, un objectif qui renforcera les liens de solidarités entre nos peuples pour les générations à venir. Il en va de même du principe de valorisation de l'usage des langues autochtones et créoles.
  • Vos débats ont également abordé la question de la protection des consommateurs dans le cadre de la cadre de la ZLEA (Zone de libre échange des Amériques). En effet, il importe plus que jamais que les exigences linguistiques visant à protéger les consommateurs de chacun de nos États soient respectées par les entreprises qui y feront le commerce. Il faut en outre que nos États soient en mesure de continuer à poser des exigences linguistiques pour que les consommateurs aient accès à des biens et services dans la ou les langues officielles de leur territoire.
  • Pour que cette diversité linguistique puisse s'incarner, il est nécessaire que des normes techniques et terminologiques soient élaborées et qu'elles soient adaptables culturellement et linguistiquement, au moins dans les quatre langues officielles de la future zone de libre échange des Amériques. Cela présuppose, bien entendu, que les négociations visant à créer cette zone conduisent à la reconnaissance d'un statut officiel pour le français, l'anglais, l'espagnol et le portugais.

À titre de ministre d’État à la Culture et aux Communications et ministre responsable de la Charte de la langue française, je tiens à réitérer devant vous l’engagement du Québec à promouvoir et à préserver la diversité linguistique et culturelle.

En effet, le gouvernement du Québec se fait le défenseur de cette diversité au sein de forums internationaux comme l’Organisation internationale de la Francophonie, l’Unesco et le Réseau international sur la politique culturelle.

Cet engagement profond du Québec à défendre la diversité linguistique et culturelle, tient en partie à notre histoire.

Tous les jours, nous constatons que le fait de parler français en Amérique ne va pas de soi. Si le français a survécu à des politiques d’assimilation, à des tensions démographiques énormes et à la dominance et à la force d’attraction de la langue anglaise, c’est que les francophones d’Amérique ont su, d’instinct, que leur culture et leur langue méritaient mieux que de sombrer dans l’oubli.

Le français demeure une langue vivante en Amérique. En soi, c’est une victoire. Et si le français est une langue vivante au Québec en 2002, c’est en partie grâce à l’État québécois et à son intervention en la matière. Je pense évidemment ici à la Charte de la langue française, pièce maîtresse de la politique linguistique québécoise, dont nous célébrons cette année le 25e anniversaire.

L’un des grands défis auxquels nous sommes tous confrontés consiste à chercher à atteindre un équilibre permettant de participer à part entière à la société interaméricaine sans rien sacrifier de nos caractères particuliers et de ce qui fait notre âme.

Il s’agit en somme de mettre en équilibre nos cultures et nos langues respectives et les influences de l’intégration continentale et de la commercialisation qui en découlent.

Le gouvernement du Québec croit que le rapprochement des peuples des Amériques, la multiplication des échanges tant sur le plan culturel que sur le plan social doit accompagner, sinon précéder, l’intégration économique continentale.

Le Québec est d’avis qu’il faut une intégration qui soit fondée sur la solidarité des peuples, sur le partage de la richesse, sur les valeurs de démocratie, de justice et de dignité humaine, sur les valeurs sociales et la reconnaissance des identités collectives. Il est temps de prévenir et d’anticiper, et ce, d’autant plus qu’il n’est pas encore trop tard pour intervenir.

Le gouvernement québécois a déjà marqué son intérêt pour la Zone de libre-échange des Amériques en élaborant en 1999 un plan nommé la Décennie québécoise des Amériques. Ce plan est appelé à être complété par des actions visant plus spécifiquement la culture et la langue.

À cet égard, j’aimerais mentionner la récente décision prise, lors de la Réunion interaméricaine des ministres et hautes autorités de la culture, tenue à Carthagène, de créer une Commission interaméricaine de la culture qui permettra d'établir des échanges permanents entre les États et gouvernements des Amériques ainsi que celle d'étudier la faisabilité d'un Observatoire interaméricain sur les politiques culturelles.

Le Québec est très satisfait de cette décision et sera heureux de partager avec ses partenaires des Amériques l'expérience qu'il a acquise au sein de l'Observatoire de la culture et des communications du Québec ainsi que celle que possèdent, dans le domaine linguistique, les divers organismes gouvernementaux à vocation linguistique.

Le Québec entend joindre sa voix à ceux qui veulent y faire avancer le dossier de la diversité linguistique et culturelle. Il le fait en défendant la nécessité d’un instrument commun contraignant pour préserver le droit des États et des gouvernements à soutenir et à promouvoir la culture et la langue face au défi de la mondialisation.

Comme cela est le cas pour chaque langue officielle de vos États respectifs, le français au Québec est un élément essentiel de la cohésion sociale et de l’égalité des citoyens. Il est nécessaire d’assurer sa présence dans les secteurs où les seules lois de l’économie risquent de le faire reculer sinon disparaître, en particulier pour tout ce qui concerne l’information de nos concitoyens. Avec les autres grandes langues officielles, la langue française doit participer à la construction des Amériques plurielles.

Il est donc primordial, ainsi que vos travaux l'ont proposé, que le français ait, au même titre que l’espagnol, l’anglais et le portugais, toute sa place comme langue de communication internationale dans les Amériques.

Il importe aussi de réaffirmer la nécessité de promouvoir une plus grande connaissance et une meilleure compréhension de l’importance de la diversité culturelle et linguistique également dans les Amériques, et ce, par le biais d’échanges soutenus entre nos gouvernements, les organisations régionales et internationales de même qu’avec la société civile et le secteur privé et par des études et des recherches conjointes sur les différents enjeux mis en cause dans ce processus.

Le Québec s’est d’ailleurs exprimé clairement, lors de la première Réunion interaméricaine des ministres et hautes autorités de la culture, à Carthagène, sur l’importance de la reconnaissance de la diversité culturelle, mais aussi linguistique.

Nous avons proposé que soit mis en place un forum interaméricain traitant de la diversité linguistique. Ce forum pourrait s’inscrire dans les actions de la nouvelle Commission interaméricaine de la culture. Cette tribune nous semble en effet tout indiquée pour établir la nécessaire jonction entre culture et langue et porter à l’attention des autorités gouvernementales concernées les préoccupations d’ordre linguistique engendrées par le processus d’intégration économique des Amériques.

Il nous apparaît souhaitable en effet de mettre en place des mesures stratégiques afin d’exercer une veille pour diffuser les connaissances et l’information sur la gestion des langues et le développement du multilinguisme, et ce, notamment au sein d’organisations intergouvernementales, dans le domaine commercial et dans le domaine de l’éducation; de procéder à des échanges d’information sur l’évolution des politiques linguistiques au sein des Amériques et de favoriser le respect des langues officielles du continent interaméricain dans les échanges commerciaux.

En terminant, je suis persuadée que ce séminaire a été une occasion privilégiée pour amorcer un dialogue ouvert sur l’ensemble de nos préoccupations communes. Il s’est agi aussi d’un moment opportun pour étudier quelles seraient les meilleures stratégies de coopération interaméricaine pour relever le défi de conjuguer la protection et la reconnaissance de la diversité linguistique et culturelle avec les priorités et les défis sociaux et économiques de chaque État associé.


Merci.

 
 
 

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